Encore un rationnel : vive le hasard, ça vaut mieux que prendre des décisions et tenir compte des croyances
Par Yves Duel le mercredi, 15 octobre 2008, 18:08 - -THE !- crétin du jour - Lien permanent
Je viens de tomber, je ne sais comment, sur un papier très fin et très malin d'un économiste dont je ferais volontiers ma Tête de Turc si j'avais du temps à perdre, sur le hasard. Va voir, ma chérie, tu verras, ça se laisse lire. C'est très "pédago" ;-). Ca commence par des chiffres innocents, et ça continue avec des malades. Et les conséquences sont évidentes : mieux vaut connaitre les "lois" du hasard, et pourquoi pas : laisser faire !
A cet égard, il ya une malhonnêteté intellectuelle profonde dans l'idée implicite : les politiques sont des ignorants, ce qui leur permet d'être démagogiques en toute impunité.
Je ne reprends qu'un des exemples. Les distributions au hasard de maladies font que des groupes sociaux peuvent, à juste titre, estimer qu'ils en sont plus victimes qu'ailleurs ; donc exiger (et obtenir) des enquêtes longues et coûteuses. Quelle grosse bêtise, montrer Delaigue. il suffirait de connaitre les lois du hasard pour "prouver" aux gens que c'est lui seul qui est présent. Et ça éviterait ces dépenses.
Mais ce que l'économiste pure laine qu'est Delaigue n n'entrevoit pas un instant, c'est que la croyance des gens est un "fait" ; et un fait autrement plus objectif et important que sa distribution au hasard. Donc le fait doit être traité, sous peine pour le politicien de perdre son mandat (première perturbation du raisonnement rationnel) ; et pour les gens, de vivre dans l'angoisse, ce pour quoi ils ne sont pas faits.
C'est ça lae problème des économistes : cette paresse incurable qui les contraint à se limiter à leurs hypothèses rationnelles ; à s'y cramponner, même quand ils font semblant d'inclure de l'irrationalité dans leurs équations ! tant qu'ils n'envisageront pas de se cultiver un peu ; de tenir compte des passions comme moteur et de la morale comme critère, je ne vois pas en quoi ils peuvent être utiles à la société !
(a part ça, j'espère que Delaigue a été bien payé pour pondre un gentil petit papier sur un site appartenant aux compagnies d'assurance ! Car c'est une autre caractéristique des économistes : jamais l'un d'entre eux ne s'est soucié de savoir qui paierait leur diner le soir --pour paraphraser je ne sais plus qui !)
Commentaires
J'ai la flemme de lire, j'ai juste regardé sa photo.
Ma chérie, tu as raison : il a l'air beau gosse !
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous.
D'une part, je trouve qu'AD met le doigt sur un comportement relativement classique : essayer de rationnaliser ce qui, en fait, est aléatoire. En ce sens, les exemples qu'il donne me semblent pertinents.
De plus, j'observe que les résultats qu'il propose dépendent très fortement de la manière dont la question est posée (cf le couple qui a une fille, proba que l'autre enfant soit un garçon : si on sait que la fille est l'ainée, alors la proba retombe à 50%). C'est également un grand classique de la statistique et des probabilités.
Enfin, sur l'aspect "éviter les dépenses", je pense que vous vous méprenez : l'idée était probablement de tester si les déviations quant au nombre de malades et d'essayer de déterminer si elles sont dans une grandeur acceptable par rapport à ce que le modèle statistique prévoit. C'est d'ailleurs ce que font les sociologues dès qu'ils utilisent un test du khi-2 : ils collent une loi mathématique sur leurs données et voient si elle est acceptée.
Tout ça pour dire que les sociologues et les économistes utilisent souvent les mêmes outils, et travaillent ensemble justement pour expliquer (sociologues) ou tirer les conséquences en termes de modèle (économistes) des croyances / irrationnalités / etc...
Quant à l'attaque (ad hominem) sur le lien entre AD et assureurs, il me semble qu'il se limite en l'état au fait qu'il participe à un entretien sur leur blog, et que l'hypothèse d'une rémunération pour cela relève, en l'état, du procès d'intention.
je ne suis pas certain de m'être bien fait comprendre. Le reproche que je fais à AD (ou à d'autres économistes : peu importe) c'est de se "complaire" dans l'exactitude et la vérité factuelle de leurs estimations. Car, à mon avis, ces "vérités" ne servent plus à rien dans une quantité énorme de situations qui nécessitent une décision politique.
Cette dernière étant fondée plus sur la passion (la peur ou l'angoisse en l'occurrence), les faits peuvent être têtus, l'angoisse l'est encore plus !
Ce n'est pas la vérité ou l'exactitude de leurs calculs ou de leurs estimations que je mets en cause : c'est leur caractère inutile DES QUE la question est celle de la décision, et non de la validation de telle ou telle vérité.
C'est cet état d'esprit qui permet à AD, par exemple, d'être insultant et arrogant dans un billet récent à l'égard d'un type comme Henri Weber, qui, à mon avis, reste estimable ; et, lui, capable de prendre des décisions.
AD est chez lui sur son blog ; il y écrit ce qui lui convient. Mais comme il décrit lui même la jouissance toute nouvelle qui est la sienne d'être lu et commenté, s'il utilise un tel langage, il ne faut pas qu'il s'étonne d'en prendre du même genre !
Sur le dernier point, ce n'est pas une attaque : si AD travaille gratuitement pour les assureurs, tant pis pour lui. S'il se comporte comme pigiste, il serait logique qu'il soit payé, non ? C'etait juste un prétexte de ma part pour utiliser cette vieille scie à l'égard des économistes --dont d'ailleurs je ne retrouver toujours pas l'auteur !