Vous savez, vous, pourquoi La Poste devrait être privatisée ? (réponse de Monsieur David Thesmar)
Par Yves Duel le lundi, 22 septembre 2008, 20:09 - -THE !- crétin du jour - Lien permanent
Parce que (enfin !) elle serait « suivie par cent, cent cinquante analystes qui produisent des analyses comparées et discutent de sa stratégie »
Parce que la vieille Poste nationale ne sait évidemment pas faire ça, des « analyses comparées ». Donc ça serait un gros gros progrès.
Et les analystes, ils feraient comme aujourd’hui : ils vous conseilleraient, comme il y a un mois, d’acheter des fonds de Lehman Bros ou de AIG, non ?.
C’était une pensée profonde, dans Le Monde de ce soir, 23 09 08 page 18, de Monsieur David Thesmar, prof (associé) à HEC, et auteur du « Grand méchant marché : décryptage d’un fantasme français », un livre d'économie moderne. C’est vrai, il a raison, les français sont cons d’avoir des réticences vis-à-vis du Grand Méchant Marché financier : celui qui leur a fait tant de bien ces dernières semaines ! Surtout aux petits actionnaires de Natixis !
Je suppose que c’est ce qu’enseigne Monsieur David Thesmar aux champions de « la réussite insouciante » (un merveilleux article dans Esprit), les étudiants d’HEC ?
Commentaires
Très bon. Je me suis fait la même réflexion en lisant cette merde. Comment ce brave homme peut-il justifier une privatisation par le fait que cela va permettre d'avoir 50 avis peu éclairés sur la gestion de la boîte ? à se demander s'il ne faudrait pas plutôt fermer HEC que de privatiser la Poste...
Tiens, je n'y avais pas pensé, mais c'est une bonne idée !
On se doit d'être très prudent quant aux "thèses" du "jeune meilleur chercheur" d'HEC, David Thesmar. Surtout en tant que salarié. Ce jeune loup de la finance professe du haut de sa chaire (évidemment sponsorisée par la banque BNP, sic !) que nous, les salariés lambdas auraient intérêt à faire comme Warren Buffet et d'investir nos économies en bourse, car "Partout, le développement financier est un accélérateur de croissance", comme il l'écrit dans son livre "Le grand méchant marché". Ce grand méchant marché montre depuis des mois qu'il peut être effectivement très, très méchant - et surtout avec les salariés qui ont lu le livre de D. Thesmar à sa sortie en 2007 et qui ont suivi les conseils de l'illustre professeur d'HEC en achetant leurs actions au plus haut de la bulle boursière, "just in time" pour permettre aux grands spécialistes de commencer à vendre les leurs au "bon moment" avant l'éclatement de la bulle, à la manière de Warren Buffet (qui dit tout bêtement qu'il suffit de vendre quand c'est cher et d'acheter quand c'est bon-marché...). Ce que notre professeur a oublié à nous dire c'est qu'il faut être "un grand spécialiste" pour réussir en bourse, qu'il faut s'informer en permanence, disposer de connaissances d'économiste afin d'être capable d'anticiper l'évolution des nombreuses économies (nationales, sectorielles etc.). Bref, il faut disposer de temps, et c'est justement ce qu'il nous fait défaut, à nous les salariés qui ne bénéficient même plus des 35 heures. Bien entendu, le professeur Thesmar est contre les 35 h. C'est la logique libérale. Tout doit être soumis aux lois du marché. C'est la raison pour laquelle D. Thesmar soutient la privatisation des services publiques, La Poste, et pourquoi pas l'enseignement, les universités... ça fonctionne si bien à HEC... pour un groupe d'élève annuel de 400 personnes... massivement sponsorisé par les grandes entreprises et leur Fondation HEC qui se promet de collecter 100 millions d'Euros supplémentaires, dans les 5 années. Le marché doit être libre, alors que le professeur Thesmar lui-même dit que le marché est imparfait (Le Monde du 11 octobre 2008, p. 13). Très imparfait même, ça manque d'informations partout, l'accès aux marché est souvent rendu impossible par des cartels opaques de tous types et empêche la concurrence d'exercer sa "main invisible et bénéfique" - les "parachutes dorés" et les salaires mirobolants n'existeraient pas si la concurrence pouvait règner dans les conseils d'administration des grands groupes, car qui peut croire que nous ne disposons que de 300 individus avec talent pour devenir PDG en France... ?? Non, face à ce type de marché imparfait, et la crise actuelle le démontre bien, il faut des contrepoids solides au marché imparfait, La Poste en est une. Le développement financier n'est pas toujours un accélérateur ni de croissance, ni de progrès. Il nous faut un Etat qui sache "tout faire" : laisser l'initiative se développer dans les règles (sociales, de développement durable etc.) tout en maintenant ou en créant des activités publiques qui garantissent un accès "égalitaire" et qui, du même coup, constituent des "stabilisateurs automatiques" en cas de crise conjoncturelle ou structurelle majeure. Il est tout à fait pensable que Renault soit reprise par l'Etat afin d'en faire un groupe qui colle aux besoins du marché (actuels et futurs). On appèlle cela "économie mixte". C'est, à mon modeste avis, la seule manière de garantir l'avenir démocratique de nos sociétés.