Subprime : c'est la faute aux pauvres, vous dis-je ! (bande de cyniques crapuleux ! manquent pas d'air, les techniciens de la Phynance !)
Par Yves Duel le dimanche, 24 février 2008, 19:46 - General - Lien permanent
Maintenant, ce ne sont plus seulement les profiteurs qui nous en parlent. Ce sont des "Académiques". Ceux qui sont sensés apporter un peu de sagesse et d'objectivité neutre dans ce débat. Hé bé, bravo au premier qui se lance.
Elyes Jouini, VP de l’université Dauphine et responsable du mastère gestion d’actifs, dans La Tribune du 22 février 2008 : interrogé sur la crise financière et ses différences avec des crises précédentes, il répond : « la crise actuelle ne trouve pas son origine dans la spéculation financière ni dans l’industrie. Elle est directement liée aux ménages américains et à leur incapacité à rembourser leurs emprunts »
Voilà. Rien sur les crapules qui ont profité de la naïveté, de l'ignorance, de l'incapacité des uns et des autres de résister à leurs passions, à leurs besoins, à leurs demandes ou à leur avidité. Alors que la crise des Subprime, c'est avant tout des Gros Salauds qui ont vendu des crédits impossibles à rembourser à des pauvres, moyennement pauvres, un peu pauvres, ou même très pauvres.
Quelle bande de fumiers ! En plus, le discours a contaminé tout le monde ! Y compris aujourd'hui les gros noeunoeuds de matheux myopes et concons.
Fait chier ! ça m'énerve !
Commentaires
En plus c'est irrationnel : il aurait été plus logique de pointer les conditions de l'échange et de la négociation du prêt. En gros, c'est sur le risque que tout se joue. Dans un schéma habituel il y a un deal hauteur du risque/concession sur le taux. Plus l'emprunteur peut offrir de sécurité (garanties sur le remboursement -nantissement ou nature stable des revenus...) plus le prêteur pourra offrir des concessions sur le loyer de l'argent. Voilà pourquoi plus l'emprunteur est scoré en négatif (risque élevé car garanties faibles ou revenus peu assurés ou bas donc risque estimé élevé) plus le taux sera élevé et les intérêts remboursés tôt dans les échéances. Autrement dit, c'est à l'emprunteur qui présente le moins de risque que l'on offre le moindre risque financier ...alors que c'est justement l'emprunteur à risque qui a besoin que l'on minimise son risque !
Il suffirait de penser le risque et sa rémunération autrement pour que la spéculation ne devienne pas elle-même un risque (car ce n'est pas la spéculation qui pose problème, c'est la façon dont elle est menée). Mais pour ça, encore faut-il... penser. Les créateurs du micro-crédit ont pensé, justement : résultat = un échange en termes de valeurs et de valorisation, des taux de remboursements à succès, et une spéculation rationnelle (la prospective se fait que la base des possibilités réelles et du potentiel le plus probable de l'emprunteur). Pensé autrement, le risque est minimisé, voire reste purement théorique ; alors que le schéma classique augmente la probabilité de réalisation du risque en cherchant à le compenser par anticipation. Bon, je ne sais pas si c'est très clair, ça consiste juste à dire que si un emprunteur pauvre veut emprunter 10, lui prêter 10 pour lui faire rembourser 15 revient à lui prêter 5 avec une espérance de remboursement réduite ; alors qu'en lui prêtant 9, 80 pour lui faire rembourser 10, on n'augmente pas sa capacité à ne pas rembourser ; en lui prêtant 5 pour lui faire rembourser 5,1, on commence à optimiser très sérieusement sa capacité à rembourser. (les chiffres sont non réalistes, c'est juste pour essayer d'illustrer)
Wahou ! brillant ! Ce blog attire des esprits forts !
heu... en fait je pensais dire un truc juste très basique :D
Il y a une autre solution pour refinancer la pauvreté tout en diluant le risque : c'est la diversification. On diversifie un portefeuille de placements ; inversement, si pour un emprunteur qui a besoin de 10 il y a 10 prêteurs qui prêtent 1 (au lieu de un prêteur qui prêterait 10 en capital), ils ne risquent de perdre que 1 chacun en cas de non-remboursement, au lieu d'une perte de 10 en capital pour un seul prêteur. Reste le choix du taux : il peut être bas, car si chaque prêteur à son tour prête de nombreuses fois de petites sommes, tout en diluant son risque global il ne modifie pas son espérance de gain via les intérêts servis.
Je pense même que de nombreux instruments financiers et dérivés (options...) pourraient être appliqués au crédit dans des configurations gagnant/gagnant --après tout placer et prêter sont deux opérations connexes.
En fait, je crois que l'intelligence spéculative est d'une grande utilité, elle n'est pas un mal en soi -mais tout dépend de ce qu'on en fait, c'est toujours la même histoire. Le problème est peut-être que bien souvent, au lieu d'intelligence spéculative, on a seulement spéculative... mettre autant de puissance de calcul et de technologie financière sans pensée, c'est ballot quand même.
à propos d'intelligence, c'est un plaisir de lire les propos de flo, qui fait preuve de modestie, de finesse, et de pédagogie dans son analyse. Comme dit d'Artagnan dans Cyrano : "C'est tout à fait très bien, et je crois m'y connaître" ;-)
( Tiens, finalement il aime Cyrano ? il ne veut plus le tuer à Arras ? )
Cher ou chère Flo : ce que vous dites est en effet très basique mais plein de bon sens. le schéma que vous expliquez ci dessus est exactement celui des prêts désintermédiés qui passent par les qqs sites de e banking qui se développent aujourd'hui.
Ce que je trouvais brillant dans votre 1er commentaire, c'est d'appliquer du bon sens basique à une énorme opération qui a consisté à ruiner les pauvres sciemment, et qu'on nous présente aujourd'hui comme un accident industriel. Quand on ajoute, comme le crétin que je citais, major de je ne sais combien de diplomes matheux prestigieux (allez voir son CV ! il en peut plus le mec !), le cynisme qui consiste à présenter l'ensemble comme résultant de l'incapacité des emprunteurs à rembourser... C'est vraiment top. on les met dans le merde, et ensuite on les accuse de puer. trop beau, non ?
C'est pourquoi vos jolies constructions n'auront d'intérêt que quand vous lierez grosses conneries des prêteurs d'une part, et leur avidité, cupidité, volonté passionnelle de fourrer les pauvres de l'autre. Plus aucune rationalité telle que la vôtre ne tient plus dans cette hypothèse !
(tiens, je viens de lire un grand prof étazunien qui soutient que la richesse créee sur la planete Terre ces 20 dernières années résulte de la liberation des marchés. Bin voyons !)
c'est aussi que les banques qui ont vendus ces crédits les ont ensuite revendu à d'autres banques sans leur dire qu'il y avait des risques dessus.
bin oui, en gros
merci... je suis confuse *blush*
Mais enfin Yves, ne me donne pas du vous, on se connaît :D... on est même allés dans le même hôtel ! je faisais Moricette... mais bon, il est vrai que ça commence à faire longtemps.
Quand "l'analyste" parle d'incapacité des ménages à rembourser, à mon avis ce n'est pas du cynisme, c'est autre chose, c'est un manque de recul total sur les concepts et les mécanismes employés. Genre, j'ai fait une école, j'ai un diplôme et je suis hyper scientifique, donc j'applique les recettes apprises auxquelles je crois avec religiosité et quasi superstition. Des scientifiques comme ça, tu secoues un réverbère et il en chute cinquante. Tu t'imagines que le médecin qui te fait une prescription connaît le détail des additifs dans ton médicament ? tu as déjà demandé à un pharmacien pourquoi on faisait des comprimés de vitamine C effervescents alors que l'acide ascorbique est détruit en milieu alcalin ? tu as déjà discuté avec le modèle moyen de l'ingénieur formaté par l'école moyenne ? croyances, croyances... des non-sens peuplent notre quotidien, sans du reste que cela soit toujours un drame -et puis moi aussi j'en produis du non-sens, moi aussi j'ai des croyances en des choses apprises, et toi aussi... les erreurs (des autres) ne nous sautent aux yeux que lorsqu'elles pètent à la tronche.
pour en revenir à nos moutons --factuellement il n'est pas faux de parler d'incapacité à rembourser : c'est même très vrai. Mais le trou dans le raisonnement, c'est qu'il oublie de voir que c'était le cas dès la prise du prêt, et que la structure/négo "normale" du prêt augmente le risque de l'emprunteur le plus à risque. Encore une fois, si on veut réduire le risque d'un prêt effectué, il faut réduire le risque personnel de l'emprunteur : ne rien faire l'augmente, l'accentuer l'empire.
Et puis il y a les tractations institutionnelles, bien sûr --mais sans doute faites en toute connaissance de cause par les institutionnels acheteurs, si ce n'est que ceux-ci n'ont pas tablé sur la réalisation de l'hypothèse basse -à savoir un non-remboursement massif (chose la moins probable et la moins occurrente sur un marché) ; ajoutons l'arrivée du petit grain de sable qui a boosté les taux, arrivée elle-même moyennement probable... et boum.
d'un autre côté, nul marché, quelle que soit sa structure, même la plus équitable, n'est sans probabilité de krach. La crise est-elle inscrite dans la "nature" du monde ? moi je pense que oui. Mais je pense aussi que l'on peut choisir les modalités, dans une certaine mesure. reste qu'une méthodologie, dans la pratique, devient "fausse" et absurde en cas de cata : donc même le truc que j'imagine et que je pense de bon sens présente un risque de cata, il suffit... que ça se produise.
Pas facile, hein, l'économie. je m'y perds un peu, parfois.
Moricette ! Ca alors comme le monde est petit !
Oui, et ils nous disent aujourd'hui qu'ils font des exercices des stress des marchés, pour estimer la robustesse de leurs modèles mathématiques ; mais avouent, piteux, après la crise, que leurs modèles n'intègrent pas le "stress maximum", parce que sinon, rien ne marche plus !
quelle bande de nazes irresponsables !
Donc, chère Floricette, ne confondons pas tout. Tu peux être POUR la crise, dans la "nature" du mon de, comme un irréversible ; tu peux aussi avoir un jugement moral sur ceux qui PROVOQUENT la crise, et qui prétendent après, en levant les bras au ciel, que c'était inéluctable.
Des matheux comme ça, ça se fatigue pas trop, en somme. Sortis de la vie quotidienne de la salle des marchés, ya plus personne.
(le pire chez ces gens, ces petits génies autoproclamés, c'est leur paresse et leur inculture)
Mais oui, ça y est ! C'est toi qui m'avait fait lire Dan Simmons !
Voui, Hypérion, Endymion... j'espère que cela t'a plu, ce n'est sans doute pas de la "grande littérature", mais ce mec est un formidable raconteur d'histoire. J'ai lu Ilium aussi, depuis, j'ai adoré.
Je suis d'accord avec la distinction que tu fais sur la crise : il est si facile de jouer sur la notion d'inéluctable... et d'autant plus facile que ceux qui jouent dessus sont bien souvent ceux qui tirent les marrons du feu.
Je ne sais pas si il y a un rapport, mais le fait que je suis en train de lire Les Bienveillantes me vient à l'idée, à l'instant. Parfois, dans ce récit abominable jusque dans la retenue et la finesse de sa composition et de la phrase, je songe aux génocides économiques qui jonchent notre époque. L'expression n'est pas trop forte : il semble que l'économie devienne parfois, pour paraphraser Clausewitz, la continuation de la guerre totale par d'autres moyens. Nous croyons être entrés dans le libéralisme : mais plutôt, n'aurions-nous pas manqué la porte de sortie du totalitarisme ?
Les Bienveillantes : jamais je ne lirai un truc pareil. En revanche, le Girard sur Clauze : je me tâte.
et sur le reste : Susan George : impressionnante. les néo-lib + néo cons : c'est démonstratif !
Je n'ai pas lu le Girard sur Clausewitz (d'ailleurs je n'ai pas lu Clausewitz intégralement), mais j'aurais tendance à dire que si c'est Girard, on peut y aller. vais regarder de près Susan George.
Entretiens-tu quelqu'ire contre Les Bienveillantes ? j'ai pour ma part la sensation qu'on n'en a pas dit que des choses très exactes. C'est un livre énorme (plus de 1 200 pages en folio) : il est possible que tous ceux qui en ont parlé ou écrit ne l'aient pas terminé. Je n'en suis qu'au début, à paine 300 pages lues : je n'ai pas "d'avis" donc, définitif, mais je suis jusqu'ici convaincue par la finesse del'sthétique développés et mise au service du récit. Le statut du "je" narrateur, par exemple, me paraît un truc très intriguant.
J'ai un problème de "délectation dans l'horreur", soupçon dont j'aurais du mal à me défaire, à l'égard de bouquins e ce genre. J'ai l'impression d'en savoir assez, sous forme d'information, pour n'avoir pas besoin qu'on m'en refile une rasade, fut-elle artistique et talentueuse.
(ça y est, plus de batteries, à TôtBien)
ah non, rien de tel dans ce livre. Sur un tel sujet, on craint souvent l'effet "mettre la merde dans un bas de soie", mais là pas du tout. Cela dit, c'est une lecture parfois éprouvante, ne serait-ce que parce que le récit s'appuie sur une documentation très précise : il y a des choses que je ne savais pas, et découvrir tout ce que l'homme peut faire à l'homme fait un choc. Mais pas de complaisance de la part de l'auteur. j'avais été bien plus gênée par les contenus de American Psycho, par exemple ; ou encore par la quasi apologie de La Philosophie dans le Boudoir.
Il y a un côté "mémoires d'Hadrien" en fait : travail d'archéologie intérieure.
Mais si un livre te "repousse", il ne faut pas te faire violence, sa lecture ne te sera pas agréable, quelles que soient ses qualités.
Bonne recharges de batteries, et à bientôt --je tâcherai de venir à un Paris Carnet, j'aurai alors le plaisir de faire ta connaissance.
hélas, je pars Vendredi pour 3 semaines ; donc ce sera au plus tôt en Avril
(mémoires d'Hadrien : un grand souvenir !)
Crise des subrimes : une explication simple pour ceux qui essaient encore de comprendre. (inspiré d'un blog)
Alors voilà,
Me Ginette a une buvette à Bertancourt, dans le Nord (ch'ti).
Pour augmenter ses ventes, elle décide de faire crédit à ses très fidèles clients, tous "alcoolo", et tous au chômage de longue durée.
Vu qu'elle vend à crédit, Me Ginette voit augmenter sa fréquentation et, en plus, elle peut même augmenter un peu les prix de base du "calva" et du ballon de rouge.
Ses créances deviennent assez importantes, mais elle tient (toujours/encore)
Max, jeune et dynamique directeur de l'agence bancaire locale, quant à lui, pense que les "créances" du troquet constituent, après tout, des actifs recouvrables, et commence à faire crédit à Me Ginette (il ignore ou pas qu'il a des dettes d'ivrognes comme garantie).
Au siège de la Banque, des "Traders" avisés transforment ces actifs recouvrables en CDO, CMO, SICAV, SAMU, OVNI, SOS et autres sigles financiers que nul n'est capable de comprendre, non sans expliquer que ces "actifs" ont en réalité, 10 fois leur valeur annoncée : c'est sans danger.. La Banque récolte ainsi (n) fois la créance de Me. Ginette.
Ces instruments financiers servent ensuite de levier au marché actionnaire et conduisent, au NYSE, à la City de Londres, au Bourses de Francfort et de Paris, etc., à des opérations de dérivés dont les garanties sont totalement inconnues de tous, mais sur-côtées à chaque transaction (les ardoises des "alcoolo" de Me Ginette).
Ces "dérivés" sont alors négociés pendant des années comme s'il s'agissait de titres très solides et sérieux sur les marchés financiers de plus de 80 pays.
Jusqu'au jour où quelqu'un se rend compte que les "alcoolo" du troquet de Bertancourt n'ont pas un rond pour payer leurs dettes ..
La buvette de Me Ginette fait faillite, Max a été viré, les "traders" ne sont pas inquiétés, pas plus que le grands "pontes" de la Banque.
Maintenant je lance le jeu de piste :
OU EST PASSE LE POGNON ? le premier qui trouve a gagné !