Samantha, je t'explique : des millions d'américains vont perdre leur maison dans les mois qui viennent (et pas parce qu'ils ont perdu leur job)
Par Yves Duel le mardi, 10 juillet 2007, 15:35 - -THE !- crétin du jour - Lien permanent
Je te mets le lien sur une video enregistrée par John Taylor
C'est le président de NCRC, la coalition pour mettre en place un crédit "responsable" aux US, alors que les usuriers sont légion. D'accord, c'est en anglais, et tu n'aimes pas l'anglais. IL dit juste : signez, faites signer nos pétitions pour que la loi protège les pauvres contre les prédateurs. Les preteurs prédateurs, comme on dit ici.
Je t'écris ça à toi parce que toi, au moins, tu continues à t'indigner et j'adore ça (tu te sens pas trop seule, non ?).
Je t'explique. Récemment, il y a eu des protestations de certaines grosses associations des plus grosses compagnies financières auprès du gouvernement américain, sur le thème : non, vous ne pouvez pas renforcer la règlementation sur les prêts et la protection des emprunteurs. On est dans un pays libre, merde quoi.
J'avais pas compris pourquoi ils se mettaient à couiner maintenant. Puis j'ai compris. Des petites et moyennes compagnies financières ont prêté de l'argent ces dernières années à des gens pauvres qui voulaient se loger. Comme ils sont pauvres, l'astuce consiste à leur dire : vas y mon gars, tu ne paieras que 200$ par mois (les 2 premières années) (ça, tu l'ajoutes en tout petit). Mais après, ça passe de 200 à 500 ou 1000 $. Et comme les pauvres, tu sais bien, ils sont un peu cons, ils savent pas vraiment compter, et en plus, ils ont vraiment besoin de se loger, hé bé ils ont signé. Et 2 ans après, en voilà des centaines de milliers qui ne peuvent plus payer ; donc on leur prend leurs maison, et voilà.
Jusque là, c'est l'Amérique comme d'hab, rien de nouveau.
Puis sous la pression du NCRC, le gouvernement menaçait récemment de rendre illégales certaines clauses des contrats de prêts de ces dernières années. Donc des dizaines de milliers de contrats, peut être des centaines, risquaient d'être revus ; et plutôt à la baisse.
Mais entre temps, les petites compagnies, les prêteurs prédateurs, avaient vendu leurs contrats de prêts à de très très grosses compagnies financières. Et c'est du "papier", comme on dit, rentable : des prets à 20%, 30%, 40% : tu parles !
Mais si on revoit ces contrats, tout à coup c'est le bilan de ces grosses compagnies qui en prend un coup. Dans mon bilan, j'avais en début d'année 100 millions de $ de contrats. Mais comme les pauvres peuvent plus rembourser, et que je risque de ne même pas pouvoir les poursuivre devant les tribunaux, hé bé mes 100 millions de $ ne valent plus que 50 millions. Inadmissible, monsieur le président. Vous imaginez la tronche de mes actionnaires, monsieur le président ?
Voilà d'ou venaient les protestations. Quoi? vous voulez venir au secours des pauvres qui ont signé des contrats complètement cons ? non mais ça pas la tête ! Au nom de la liberté des contrats et de la liberté tout court, touchez pas au grisbi, monsiuer le président.
Commentaires
Heureusement que tu es là pour m'expliquer ça. J'avais vaguement compris mais là, c'est tip-top classe limpide, bravo mon Yves, tu es le plus fort.
Qu'est-ce qui va se passer, maintenant, pour ces gens ?
J'avais vu un reportage à la télévision sur un couple de ces amerlocques, ils n'étaient pas spécialement pauvres, tu vois, genre dentiste et profession intermédiaire mais la femme avait un cancer et du coup, toutes leurs économies englouties pour la soigner... entraînant une sorte de faillite personnelle. C'était vraiment triste de voir ces quinquas bien mignons, elle malade et lui tout amoureux, avec leur chien, et dans quelques mois la perspective de devoir dégager vite fait de leur maison.
C'est drôle cette admiration béate vis à vis des Américains alors qu'ils ont de ces casseroles aux basques, tout comme nous... voire pire. Mais ils incarnent le rêve californien pour de gentils entrepreneurs aux dents blanches comme LLM et ses copains.
(sinon, tu viens au pique-nique ?)
http://paris-carnet.org/pique-niques
très bien expliqué ; je pense aussi que les pauvres ne sont pas forcément plus bêtes que ceux qui le sont moins que, mais qu'ils ont peut-être eu l'espoir. Quand je me suis endettée pour me loger, il y a 16 ans de ça, je savais que ça serait du type "ça passe ou ça casse" mais nous avions besoin d'un toit, trouvé celui qui nous convenait, tenter notre chance était une nécessité. Les premières victimes du "rêve américains" sont les américains eux-mêmes.