Rougon-Macart de ta mère (les Pleïades résistent-ils à l'eau chaude ? vous en saurez plus dans....)
Par Yves Duel le mercredi, 6 juin 2007, 18:29 - Le vieux meuble à tiroirs encombré de bilans - Lien permanent
Ce qui me frappe, c'est la méchanceté. J'ai commencé les Rougon-Macart depuis quelques jours dans mon bain du matin avant l'aube (oui, j'ai honte, je prends des bains, mais c'est à cause de l'arthrite, très tôt le matin) ; hé bien c'est vraiment méchant. Tous les gens sont méchants, ou du moins méchamment décrits ; tous leurs sentiments sont au delà du vulgaire. Toutes leurs attitudes dictées par l'intérêt : marier ses filles d'un coté ; trouver la dot de l'autre. Tous les lieux sont peuplés de dangers ("classes laborieuses classes dangereuses : c'est exactement à cette époque que ça commence) et de vulgarité.
Mais quelle langue !
A mon avis, Zola est un social traitre.
Youpee !
(Mais je lis les Rougon dans la Pleïade, s'il vous plait ! Qui vient de chez ma mère qui, la pauvre chère âme est morte depuis des lustres, et je m'effraye rétrospectivement qu'elle ait pu aimer ce truc. Non, c'était juste un Pleïade pour meubler, suppose-je)
Commentaires
Comme tu y vas ! "tous leurs sentiments sont au delà du vulgaire", sûrement pas ceux d'Etienne Lantier, par exemple, ni même de sa mère Gervaise au début de "l'Assommoir", quand elle se retrouve dans la chambre abandonnée avec ses deux petiots...
On devrait interdire aux bourgeois arthritiques de lire Zola, il faudra que je le dise à la prochaine réunion du Parti.
Sinon, j'ai lu l'histoire de "ta" Gracia Nasi. J'en ai été moins coiffée que toi. Mais en revanche, ce qui m'a émue, c'est ce qui affleurait entre les lignes de Cecil Roth, son amour et sa volonté de dire tout ce que le monde devait aux Juifs. Et en lisant la préface, assez vite, pour comprendre, j'ai appris qu'il avait écrit cette biographie en 1946. Alors le plus intéressant, c'est ce rebond : écrire en 1946 la biographie d'une juive du XVIème qui défie le pape et qui "sauve son peuple".
(sinon, la Gracia, je n'aurais pas aimé être sa belle-soeur!)
J'éclate de rire au commentaire de Samantdi, j'aurais adoré t'avoir comme prof de lettres, je crois, ma chère Toulousaine.
Et puis vulgaire ou pas, les mariages, les dots, et les "comment c'est-y qu'on va s'en sortir", ça reste quand même de la préoccupation humaine. Et certes pas très noble, mais peut-être que justement c'était pour faire prendre conscience qu'avoir de l'argent et un peu de temps, ça aidait à s'élever l'esprit ?
J'ai relu avec toujours autant de délices "Au bonheur des dames" il y a quelques mois, le grand Emile y égale les plus cyniques des marketteurs contemporains, quel régal !
bon d'accord, me voila habillé pour l'été : je la connais pas encore, la Gervaise, laisse moi le temps (et Anne : arrète de rire)
bon d'accord, me voila habillé pour l'été : je la connais pas encore, la Gervaise, laisse moi le temps (et Anne : arrète de rire)
Quant à moi, je viens de racheter "La joie de vivre", qui suit directement "Au Bonheur des Dames", et dont je garde un souvenir admiratif et horrifié (le livre porte très ironiquement son nom,si mes souvenirs sont bons...)
Toi, du Zola ? c'est pour faire couleur locale dans ton quartier ?
;-)
Ben moi je lis bien Proust (et je te prie de croire que ça ne fait couleur locale ni dans mon cerveau ni dans mon quartier).
C'est juste que de la belle ouvrage, c'est bon pour tout le monde tout le temps (enfin je persiste contre vents et marées à avoir la naïveté de le croire).
Gilda, tu as raison, la naïveté reste un truc indispensable
Tiens, je te mets un lien pour que tu remettes un peu le projet de Zola en perspective
http://www.site-magister.com/zola.htm
Dans Thérèse Raquin, j'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. Là est le livre entier.
J'ai choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair. Thérèse et Laurent sont des brutes humaines, rien de plus. J'ai cherché à suivre pas à pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les poussées de l'instinct, les détraquements cérébraux survenus à la suite d'une crise nerveuse. Les amours de mes deux héros sont le contentement d'un besoin; le meurtre qu'ils commettent est une conséquence de leur adultère, conséquence qu'ils acceptent comme les loups acceptent l'assassinat des moutons; enfin, ce que j'ai été obligé d'appeler leurs remords, consiste en un simple désordre organique, en une rébellion du système nerveux tendu à se rompre. L'âme est parfaitement absente, j'en conviens aisément, puisque je l'ai voulu ainsi.
On commence, j'espère, à comprendre que mon but a été un but scientifique avant tout.
Zola, 1868
Mais plus il va avancer dans l'oeuvre plus il va affiner son projet et plus ses personnages vont acquérir une complexité humaine.
A part ça ta mère lisait ça et appréciait, j'en ai parlé souventes fois avec elle!
tiens, j'ignorais
Pourquoi, "La Vielleuse", c'est un titre inédit de Zola ? ;-)