Pierre Chappaz "ne reflechit pas dans un premier temps" : hé bien il eût été préférable, à mon avis.
Par Yves Duel le mercredi, 7 juin 2006, 08:52 - je hais la pub (insidieuse) - Lien permanent
Pierre Chappaz que j'avais traité de naïf, ce contre quoi il avait réagi, voir les commentaires, récidive sur le bon gros marronnier "blogueur ou journaliste" ? dans Libération.fr
Ses arguments ne sont pas mauvais, mais quand il résume en écrivant :
"Justement, qu'est-ce qui différencie un journaliste d'un bloggeur, un bloggeur sérieux j'entends : la notion de métier (le journalisme est un métier, peut-il être aussi un hobby ou une pratique citoyenne ?), la formation (il existe des écoles de journalisme, mais les bloggeurs ne les ont pas fréquentées), la pratique (le journaliste doit écrire son papier quoi qu'il arrive, le bloggeur écrit selon son bon plaisir), et le rapport à l'Internet (l'un est né avec le Net, l'autre souvent avant). Et d'autres choses encore auxquelles je ne réfléchis pas dans un premier temps".
Hé bien, Monsieur Chappaz, vous auriez mieux fait de prendre le temps. Je crois, moi, que l'essentiel du métier de journaliste est de chercher la vérité. De la chercher, hein, pas de la trouver (si elle existe !). Et ceci avec des armes que les blogueurs n'ont pas, ou ne veulent pas utiliser (ce qui n'est pas une critique. C'est comme curé : tout le monde peut devenir journaliste, il suffit de le vouloir très fort et d'apprendre le métier et les règles).
CE n'est pas non plus de ma part une critique frileuse de l'importance du bloging qui tuerait la vieille presse : je crois l'avoir prouvé. Mais la suite de l'analyse de Pierre Chappaz me parait relever de la même naïveté initiale. Quand il écrit :
"Je crois, néammoins, que comme les bloggeurs, beaucoup de journalistes sont prêts à prendre ce risque, pour le plaisir du dialogue avec leurs lecteurs. Je prends donc le pari que, d'ici quelque temps, la plupart des médias en ligne autoriseront les commentaires sur tous leurs articles ! Nous pourrions aussi parler ici de la « gestion des conversations étendues (sur plusieurs blogs) » qui constitue la nouvelle frontière du Blogging... Mais ce sera pour un autre post, pardon, article".
Oui, bien sûr, les conversations s'amélioreront. Mais la recherche de la vérité en sera-t-elle améliorée elle aussi ? Non : il n'y a aucune raison, car il n'y a aucun effort dans ce schéma pour s'y referer. Ce qu'il appelle "métier" pour différencier le journaliste du blogeur se réduit ches lui, c'est normal vu l'univers d'ou il vient, à "savoir faire", "porfessionnalisme", etc : en gros, qualité d'écriture. Alors que l'essentiel du "métier" de journaliste, c'est son rapport à la vérité. Donc le devoir (notion morale) qu'il a de la rechercher et la transmettre.
Un métier défini par sa morale (et non ces ringardises sur "l'éthique des affaires" et autres blablas), ce n'est pas si courant.
Cher Monsieur Chappaz, puis-je vous suggérer d'y reflechir avant de vous exprimer à nouveau sur ce genre de sujet ? Ce serait dommage qu'un entrepreneur aussi succesfull que vous (je le dis sans ironie aucune, et plutôt avec admiration : j'admire les bons entrepreneurs !) ne se rende pas compte qu'il change d'univers. On ne fait plus seulement "des affaires", ou "de la comm", ou "des conversations". On a, quand on entreprend dans votre secteur, un rapport direct avec la vérité --oui La Vérité, ce truc simple.
Commentaires
Je suis à 300% d'accord avec toi. ça m'a fait rire cette définition du journaliste
La formation : s'il connaissait bien le monde de la presse, il saurait que beaucoup de journalistes n'ont pas fait d'école de journalisme. Et que je trouve que cette profession va moins bien depuis que le recours aux écoles s'est généralisé. Que ce qui fait un bon journaliste, ce n'est pas l'école mais l'expérience...
La pratique décrite en l'occurence est ridicule. Le métier de journaliste ne se limite pas à l'éciture. Je dirai même que l'écriture est totalement secondaire. ce qui fait une bonne pratique, c'est une bonne enquête. Après, si le journaliste écris mal, c'est pas très grave, il y a du monde derrière pour corriger. Ça surprend toujours quand j'explique en quoi consiste mon boulot. Pour la majorité des gens un journaliste est d'abord quelqu'un qui sait écrire et qu'on a donc aucun besoin de corriger. Non, un bon journaliste est quelqu'un qui sait faire une bonne enquête et qui traquera au plus près la vérité. Sinon, il fait écrivain... Ou bloggueur :-)
Quant au rapport à Internet, c'est portenawak… Nous ne somme peut-être pas majoritaire mais tout de même un certain nombre a être né avant Internet, à avoir commencé à bosser avant l'ère de l'ordinateur partout.
Ce qui distingue un bloggeur d'un journaliste, c'est sans doute une pratique et une finalité. Mais pas celle qu'il décrit…
Ouais, bien vu (comme d'hab)
Ce que, moi, je demande aux journalistes, c'est tout simplement d'être honnête, intellectuellement (je ne les soupçonne pas de prévaricaton ...). Or, ils sont essentiellement orientés vers deux travers :
1. Ils choississent ce métier dans le but de défendre leur point de vue de citoyen (autrement dit, ils sont payés pour militer).
2. Ils s'intéressent plus au sensationnel qu'aux problèmes de fond, ne craignant pas d'écrire non pas la vérité mais ce que leurs lecteurs ont envie de lire (ils fabriquent un produit susceptible de plaire aux clients).
3. Pour couronner le tout, lorsqu'ils s'avancent en terrain "vaseux", incapables de démontrer le bien fondé de leurs "découvertes", ils y vont du "selon une source proche du dossier" (sans la citer, évidemment, ce qui ne permet pas de vérifier leurs dires).
4. Les commentaires sont allègrement mélangés avec les faits. Le résultat ne se fait pas attendre : je lis de moins en moins de journaux ...
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