Madeleine et moi sommes seuls ce soir. Donc c'est moi qui raconte l'histoire, mais c'est elle qui choisit le livre. Ce sera le vieux livre (ça, c'est pour me faire plaisir). Et ce sera l'enfant d'éléphant (qu'elle connait par coeur). Et après que l'enfant ait demandé au crocodile ce qu'il mangeait pour diner, je prends une voix de circonstance pour dire ("et il dit cela entre ses dents", puisqu'il vient de happer le petit bout de trompe de l'enfant) : "je crois qu'aujourd'hui je commencerai par de l'enfant d'éléphant". Madeleine rentre la tête dans les épaules et met sa main devant son nez pour le protéger.

Délicieuse frayeur. "Mais laissez-boi aller ! Fous me faides mal !". Voix haut perchée, tandis que le serpent python bicolore de rochers descend sur la berge donner un coup de main ("m'est avis que va falloir mettre un coup de pression, sinon votre brillante carrière va être irrémédiablement compromise"). Les yeux de Madeleine écarquillés.

Faites 'xcuses, dit l'enfant d'éléphant avec la plus grande politesse... Et Madeleine la bouche en cul de poule. On se la reraconte encore un coup. 7 ans, mais c'était encore mieux quand j'en avais 6, ou même 5, pense-t-elle.