Libération pages 2 et 3 : un titre d'un coté, le papier de l'autre...
Par Yves Duel le jeudi, 16 mars 2006, 16:37 - -THE !- crétin du jour - Lien permanent
Comme j'ai beaucoup de mal à prendre position sur le CPE, j'enrage d'autant plus devant le traitement par Libé. Franchement, je n'exagère pas : regardez le gros titre pages 2 et 3 : les banlieues sont contre à 100%, en gros. Lisez le papier, c'est beaucoup beaucoup plus nuancé, non ?
Ce qui me rappelle le traitement Le Parisien d'avant hier : page 3, quelques 8 courts portraits de jeunes gens contre ; tous à la fac, en ethno, socio, histoire, philo, lettres, bref des trucs vachement pratiques et opérationnels, et ou les employeuers privés vous tendent les bras... Tournez la page : une brève synthèse banlieues du type "entre ça et le chomage, c'est vite choisi !"
Je me demande s'il n'y a pas un peu de confusion par ci par là ?
Je me demande si ce truc, mieux ficelé, mieux vendu, n'aurait pas rendu d'immenses services au marché de l'emploi de ceux qui sont les plus en difficulté ?
Commentaires
Je me suis posé la même question pour Libé (le Parisien je ne l'ai pas lu). Cela dit le CPE en l'état me paraît juste une pierre de plus à l'édifice de la précarité à cause de cette si longue période d'essai qui me donne le sentiment qu'il ne s'agit que d'un CDD qu'on déguise. Bon, après bien sûr on peut dire que c'est mieux un CDD que rien, mais en attendant comment se loger (par exemple) ?
J'ai lu le Parisien aussi, celui d'hier. Et il y avait un portrait d'un jeune carreleur qui racontait son expérience de CNE. Viré deux fois, sans sommation. Le deuxième, il avait bossé comme un malade sans compter ses heures. Un jour, il a fini par en parler. Le lendemain, il recevait sa lettre de licenciement… Et dans le Parigot de ce matin, des jeunes du 93 qui expliquent pourquoi ça ne peut pas marcher. Avec des expériences du même acabit. Evidemment tout dépendra du patron... Mais je te fiche mon billet qu'ils seront beaucoup à abuser de la situation. A la radio, j'ai aussi entendu un jeune du 93 qui était pour. Mais lui, c'est parce qu'il pensait que ce serait un contrat de deux ans. Et que c'était mieux que les petit CDD. Sauf que les deux ans, justement, ce n'est pas garanti. Quand il aura percuté cela, je ne suis pas sûre qu'il reste pour. Un truc mieux ficelé ? Quel intérêt ? Avec l'intérim et le CDD, au moins, les jeunes touchent la prime de précarité... Pour un même résultat. Pour les entreprises et leur sacro sainte flexibilité, on peut aussi réinventer le statut de journalier, ou de travail à la tâche. Tout ça pour aller engrosser quelques actionnaires…
Pour continuer ce que dit Gilda, c'est pire qu'un CDD. Au moins, le CDD, tu sais quand le couperet va tomber. Là, pendant deux ans, tu as une épée de Damocles au-dessus de la tête. Tu peux être dehors du jour au lendemain sans savoir ni pourquoi ni comment. Comme organiser sa vie quand on a 20 ans dans ces conditions. J'ai enquillée des CDD pendant pas mal d'année. Dans ma branche (les journaux payants) trouver du travail n'a jamais été une évidence. Mais au moins, même quand le CDD était une période d'essai déguisée (ce qu'il est systématiquement chez nous), on touchait la prime de précarité et ça incitait l'employeur à ne pas trop abuser. Avec le CPE, les jeunes deviennent des Kleenex. Sans aucune contrepartie. Il ne faut pas deux ans pour savoir si une recrue est valable ou pas. Ou alors, il me semble, c'est l'empoyeur qui devrait se poser des questions sur lui-même.
Akynou>
Y'a pas besoin, ça n'a jamais vraiment disparu et c'est en train de revenir. Les "indépendants" sont des travailleur précaires payés à la tâche.
Ca se pratique courement dans le batiment. Dans le transport, les tractionnaires sont des indépendants, propriétaires de leur outil de travail (le tracteur semi) qui travaillent à la tâche pour une boîte de transport.
Et le portage salarial (qui se développe de plus en plus (désolé, pas de chiffres fiables)) permet à l'entreprise de gérer facilement des gens payés à la tâche sans prime de précarité .
Pas abordé ds précédents posts: çà vaudrait la peine de connaître l'avis d'un specialiste du marché du travail, non inféodé (stype alternatives éco), mais il paraît clair que le marché du travail et essentiellement UN. Même s'il y a des rigidités dans la hauteur (même métier) de la pyramide des âges, c'est bcp moins que dans le transversal (pas de substitution, ou à la marge, entre des métiers différents). Le CPE va donc permettre de remplacer beaucoup de partants volontaires, au moins, par des jeunes mieux formés et sans protection. On déshabille Pierre pour habiller Paul - de frusques - puisqu'il n'y a pas ou très peu de création nette d'emplois (il en avait fallu des centaines de milliers en plus des 35 h pour faire baisser le chômage de moins de deux points en 1997-2001). Autre aspect: deux ans (période "d'essai" des heureux CPE), çà nous amène...au-delà de la présidentielle. Une vague d'embauches par tous les patrons-amis (ils sont très nombreux) permettrait à notre très cher Premier ministre de se targuer d'une réussite sur l'emploi, d'un impact évidemment majeur. Après? La porte! Les médias bien tenus et surtout la télé (rappelez-vous la campagne sécuritaire de fin 2001-début 2002) nous relaient çà avec zèle, et... bravo l'artiste qui se peindra franchissant le pont d'Arcole. Mieux que la propagande simple, et pas soumis au contrôle des contributions de campagne! Et puis, au-dessus de 26 ans il y a le CNE. Je ne vais pas réembrayer là-dessus mais sur le dernier effet, c'est exactement kif-kif. N'oublions pas que 1/ notre adoré chef de l'Etat est un fana de la lutte pour le pouvoir, même s'il ne sait pas quoi en faire après sinon arbitrer entre les lobbies, toujours à court terme (les plumitifs-héros style résistants de juillet 44 le disent tous aujourd'hui comme si ce n'était pas évident avant ) ; et 2/ son ex-éminence grise aujourd'hui nimbée sait très bien ne pas s'endormir sur un pouvoir fragile car fondé uniquement sur le marketing - comme il l'a montré en faisant adopter à son pygmalion la dissolution de 97, quand la présidence était menacée par l'énormité du cynisme de sa campagne de 95 (la fracture sociale) devant les faits, et par l'indiscipline d'une majorité parlementaire trop nombreuse pour être tenue - comme maintenant. Il ne lui a pas échappé, à lui, que Chirac n'a été choisi que par moins de 20% des électeurs en 2002, comme à chaque occasion précédente - le plus faible score jamais vu au 1er tour pour le candidat de son parti. Il est donc, de nouveau, obsédé par la nécessité de prendre l'initiative, car le pays perd patience et le "sortez les sortants" menace plus que jamais. Au bout du compte, il semble que bcp de gens aient compris ces quelques pts essentiels et certainement pas mal d'autres. Donc je prends les paris que les arpentages parisiens et autres ne sont rien à côté de ce qui va suivre. Notre élégant chevau-léger risque de ne pas pouvoir pourrir les manifs (quoi qu'on pense de celles-ci par ailleurs): il faudrait que son principal rival y mette du sien sans attendre... d'être sûr que çà ne sert plus à rien, ou parce qu'il pense risquer de plonger avec Iznogoud, quitte à avancer ensuite son départ du Gvt ; ce qui fait trop de "si" pour une telle ambition. Donc sauf événement imprévu Villepin-qu'ils-mangent-de-la-brioche va faire machine arrière, comme son boss après la réforme Devaquet. Quant aux jeunes en difficultés, M. Duel, il serait tps de comprendre que ces gens et ceux dont ils sont les paravents n'en ont rien à faire tant que leur règne n'est pas menacé.
Mais je pense que désormais, ils en ont peur ; enfin, ils se sentent ménacés !
ce que je regrette, c'est l'impossibilité d'introduire des réformes négociées...
Akynou : je ne suis pas d'accord avec l'image de Kleenex. les mesures d'accompagnement sont là pour faire en sorte que des contrats courts soient aussi la bonne façon d'apprendre à bosser (je parle aussi en tant que précaire, habitué à la précarité !)
mais le contenu idéologique du truc a suffi pour gommer tous les aspects positifs du projet. Oui, l'imbécile chevelu n'a rien compris à ce à quoi il touchait. Oui, virer un jeune sans êtyre obligé de lui dire pourquoi, c'est le parachèvement du sentiment d'humiliation !
Oui, mais alors, pourquoi pas le CDD ? Au moins c'est clair. C'est bordé et tout le monde sait où il va... C'est sûr qu'il faut du temps, après les études, pour entrer dans l'entreprise, apprendre comment elle fonctionne. A par la première année, j'ai toujours bossé pendant mes études. Quand j'ai arrêté mes études (avec des diplomes tout aussi intéressants que ceux que tu citais, deug de droit, licence d'histoire, maitrise d'espagnol… tu vois le genre), je suis rentrée très vite dans le monde du travail parce que j'en avais l'expérience. J'ai galéré pour vivre pendant mes études, pas vraiment après parce que je connaissais le monde de l'entreprise. Même dans un entretien, ça se sent. Pendant ce temps, mes copains et copines qui n'avaient fait que des études et pas de boulot (sauf un peu l'été) galéraient pour trouver un premier poste, même un premier CDD. Les CDD m'ont aussi permi de faire des expériences, de changer de branche sans avoir à démissionner, en ayant le matelat des assedics entre deux missions. Et quand j'ai définitivement trouvé mon bonheur, j'ai eu des CDI presque tout de suite. Alors que dans la presse, c'est pas franchement évident. Je ne comprends pas l'intérêt de ce CPE. D'aileurs, le directeur des ressources humaines de mon groupe non plus. Ce n'est même pas une demande du Medef. Alors pourquoi ? qu'est-ce que ça apporte ? Je ne comprends pas. Quelle banque fera un prêt sur un CPE, quel bailleur louera un appartement sur un CPE ? Qu'est-ce que cela apporte au jeune ?
Des réformes négociées, mais pourquoi pas. Je suis pour la négociation, la concertation. J'en fais régulièrement dans mon entreprise même si j'ai souvent l'impression que mon patron se fout de ma gueule. Mais bon. Il y a une grande réforme en cours sur la formation continue qui est en cours et qui a été négociée par les partenaires sociaux. C'est donc possible. Encore faut-il ouvrir les négociations et ne pas mettre tout le monde devant le fait accompli. Car son beau projet, Villepin, il en a discuté avec qui avant d'essayer de l'imposer en force : avec les jeunes, avec les patrons, avec les syndicats ? Non, avec les membres de son cabinet. C'est bien cela le problème en France d'ailleurs, nous sommes gouvernés par des énarques qui savent tout. Alors demander l'avis aux autres, aux concernés… Et ce quelle que soit la couleur politique. Faudrait fermer l'ENA. Sans négo ! ;-)
Ca, 100% d'accord !
En fait si j'ai bien compris, ce n'est pas que une période d'essai du salarié mais aussi pour ne pas s'engager vis à vis du marché (autrement dit faire porter le risque de ne pas avoir assez de commandes sur le plus fragile, le tout jeune nouvel embauché). Bon vu comme ça, il y a des plus, même si je trouve ça plus que discutable aussi. Mais alors dans ce cas, pourquoi ne pas 1-imposer une justification (en admettant la justification "pas assez de travail", mais dans ce cas interdiction pour l'entreprise de reprendre quelqu'un) 2-limiter aux TPE et éventuellement PME (je doute que une grosse boite avec des milliers d'employés soit à ce point soumis à ce genre d'aléas en aveugle) Mais ne pas avoir de justification est destructeur pour le jeune, il ne sait pas pourquoi, il ne peut donc pas se corriger si c'est son comportement, si c'est sa couleur de peau, il ne peut pas attaquer aux prud'hommes, et si il a une lettre qui dit "il bosse bien mais on a pas assez de commandes" il pourrait trouver un boulot plus facilement. Voilà un résumé résumé de ce que je pense du fond.
Quant à la forme, je me demande où est la démocratie. Un énarque jamais élu impose à son gouvernement, à son parlement, et à son Sénat par la force une idée à lui qui ne satisfait pas les fournisseurs d'emplois (pas réellement apparement) et en aucun cas les demandeurs d'emplois. Aucun dialogue ni avec les syndicats, quels qu'ils soient, ni avec les représentations nationales...on croit rêver!