Cest lhistoire de Robinson perdu sur son île qui demande à Vendredi :

– Elle mesure combien celle de celui qui a la plus grosse du monde a ton avis ? Et Vendredi de lui répondre :

– Ben, on n'a qu'à comparer tous les deux, pardi !

Je me rappelle encore mon père me racontant cette histoire, censée, dans son esprit, je suppose, avoir une fonction déniaisante. Ça n’avait pas du tout marché. Je n’avais rien compris. Je n’interprétais même pas son air légèrement égrillard. Je cherchais quelle chose serait si unique, et en même temps leur serait si indispensable qu’ils seraient sûrs tous deux d’en être les détenteurs –la seule comparaison au monde, c’est entre toi et moi ; donc les autres ne comptent même pas !

Donc j’avais quitté mon père déconfit ; et je me rends compte à quel point il a dû ressentir cette gène inévitable quand on décèle sa propre faute de goût dans le regard d’un enfant (en l’occurrence d’un adolescent, mais ça marche quand même).

C’est en me rappelant cette histoire que j’ai adoré, vingt ans plus tard, la réaction de ma fille Jeanne qui, à sa façon très buttée, n’avait aucun sens de l’humour. Elle était juste logique, et cherchait honnêtement à comprendre ce qu’on lui disait. Ceci à 8 ans révolus. On a raconté devant elle l’histoire du fou, vous la connaissez, qui répond au directeur de l’hôpital : « mais non ce n’est pas mon chien : vous voyez ben que c’est une brosse à dents ». Puis qui ajoute, le directeur éloigné : « t’as vu Médor : on l’a bien eu ».

Les adolescents avaient éclaté de rire, et Jeanne était restée sérieuse, avant de devenir furieuse : cette histoire lui résistait. Et comme cette enfant, je vous l’ai dit, était profondément honnète, elle voulait trouver la solution, ce-qu’il-y-avait-de-drôle, toute seule…

Puis dans un éclair, son « Ah oui, Médor, c’est le nom de la brosse à dents ! » a déclenché de nouveaux rires et, bien sûr, sa fureur.

Hé bien, je résistais de la même façon à l’histoire de mon père. Je n'ai toujours pas décidé qui était ou ce qu'était "celle de celui". Sa femme ? Sa copine ? La hache pour abattre les arbres? La tasse à thé ? La liane pour descendre sur la plage le matin, pour prendre le bain ? La hutte ? La chevelure?

Non, je colle !

(oubli : ceci est bien entendu et comme les jours précédents, ma contribution au jeu du sablier de Kozlika la reine des fées)