Je le trouve exaspérant depuis des décennies. Mais pour ce qui concerne ce Rebonds dans Libé d'aujourd'hui, pour deux raisons assez concrètes :

- Pas possible de parler banlieues sans parler de la planète entière : bon, ça va, vieux, tu peux cerner un peu ton sujet. Ouais, tout est dans tout, etc ; mais quand même

- Le flou des concepts, le langage catastrophiste, le pessimisme, et l'anti-tout : ça, évidemment, tu me diras, si t'aimes pas Baudrillard, vas jouer ailleurs...

Mais au total, ce qu'il écrit est souvent brillantissime : sujet supplémentaire d'exaspération.

Par exemple ceci :

Nous ne sommes plus en mesure de proposer quoi que ce soit en termes d'intégration ­ d'ailleurs, l'intégration à quoi ? ­, nous sommes le triste exemple d'une intégration «réussie», celle d'un mode de vie totalement banalisé, technique et confortable, sur lequel nous prenons bien soin de ne plus nous interroger. Donc, parler d'intégration au nom d'une définition introuvable de la France, c'est tout simplement pour les Français rêver désespérément de leur propre intégration

qui correspond tout à fait à cette idée qui me met mal à l'aise : on pourrait prendre des positions d' "intégrisme républicain" si on était sûr de proposer aux enfants d'immigrés un "corpus" de valeurs qui...valent le coup. Un ensemble de règles, de buts d'objectifs communs qui représentent une utopie concrète. Or qu'avons nous, nous le petits blancs majoritaires, à leur proposer ? pas grand chose!

Autre idée qui conforte mon propre malaise : les nonistes traités comme des pauvres cons par la majorité des petits blancs. Ma conviction intime est, depuis le résultat en question, que l'on ne peut se contenter d'injurier une telle majorité, avec un tel taux de participation. Et que les injurier revient à refuser de comprendre, bien sûr ; mais au delà, à refuser de voir ce qui, en nous même, profondément, les injurie.

Baudrillard écrit, me semble-t-il à juste titre, que :

Car le non de ceux qui l'ont voté sans trop savoir pourquoi, simplement parce qu'ils ne voulaient pas jouer à ce jeu-là, auquel ils avaient été si souvent piégés, parce qu'ils refusaient eux aussi d'être intégrés d'office à ce oui merveilleux d'une Europe «clés en main», ce non-là était bien l'expression des laissés-pour-compte du système de la représentation, des exilés de la représentation ­ à l'image des immigrés eux-mêmes, exilés du système de socialisation. Même inconscience, même irresponsabilité dans cet acte de saborder l'Europe, que celles des jeunes immigrés qui brûlent leurs propres quartiers, leurs propres écoles, comme les noirs de Watts et de Detroit dans les années 60.

Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous désaffiliés, selon le terme de Robert Castel.

Voilà qui est dramatiquement juste, je le crains. Et qui donne une façon d'expliquer le pire : brûler les écoles de ses propres frères, c'est juste dire non pour dire non, parce qu'on en a rien à foutre de --ne serait-ce qu'examiner l'offre, la proposition de la société. Parce quel l'offre est par définition piégée.

Le reste de Baudrillard m'enerve encore plus que d'habitude : "ce par quoi on aimerait les intégrer, les materner"... hé, va donc l'intello, vazy voir dans les banlieues, si les travailleurs sociaux les maternent, pauvre pomme ! Et je te signale, vieil ignorant, que l'expression "nique ta mère" signifie "JE vais niquer TA mère", ce qui est une insulte qui s'adresse à toi, et non ils niquent leurs mères, ce qui n'a aucun sens....