Skoreki est un vieux gros dégueulasse (et même les gros dégueulasses ont le droit de vivre...). J'espère que je vais encore me faire engueuler par Samantha, Koz, et tutti
Par Yves Duel le jeudi, 10 novembre 2005, 18:08 - -THE !- crétin du jour - Lien permanent
Brisseau. Si vous avez suivi le feuilleton, c'est le premier des vieux gros dégueulasses. Et Skoreki demande qu'on lui foute la paix dans Libération. Le même Skoreki, vieux gros dégueu, qui a publié un bouquin sulfureux (je l'ai pas lu) qui parlait un peu trop de petits enfants, m'a-t-on dit. Le même qui a un talent d'enfer, et qui fait une chronique films à tomber par terre (encore que le procédé devient un peu fatiguant, à la longue...)
Bon, je reprends tranquillement. Brisseau est un cinéaste-poëte-maudit. Il a tout bon : films "sulfureux", ancien instit, pas un rond, adulé par un minuscule cercle d'amateurs haut-de-gamme, la soixantaine, une gueule d'enfer, etc
Là, il passe en procès après plainte de deux jeunes comédiennes parce qu'il avait fait beaucoup, semble-t-il d' "essais" avec elles et d'autres. Comme il s'agissait d'un film représentant (enfin ! ça n'a jamais été fait, dit-il !) la réalisation du désir féminin, les "essais" étaient faits de ça. De représentations du désir féminin. C'est ce que j'ai compris des papiers parus ici et là. Je vous passe les détails, mais, à la fois, je trouve qu'il s'explique très bien, très "naïvement", d'une certaine manière. Et en même temps, je suis très très mal à l'aise en me représentant ce bonhomme seul avec une jeune femme et une caméra vidéo dans une chambre ; la jeune femme étant là pour "représenter" le désir, l'orgasme féminin ; et pas seulement le répresenter, mais l'éprouver, sinon, explique Brisseau, ça ne marche pas. Il ne se passe rien. Artistiquement parlant.
Le point qui me gène, fondamentalement, porte sur les rapporst de pouvoir. Si tu le fais, tu auras le rôle. Si tu refuses de le faire, tu l'auras pas. C'est aussi simple que ça. Et comme il a joué plusieurs fois, avec plusieurs jeunes comédiennes, ce jeu là, les éconduites ont fini par se dire qu'il y avait un abus. Et ont porté plainte. Et c'est UNE juge d'instruction qui a instruit. Et qui a décidé qu'il y avait matière à poursuivre.
Voilà. Liberté de l'artiste et tout le saint bazar, ok, cool, on se la joue, tout va bien, Brisseau est sacrifié à notre époque culs-bénis, chochotte hypocrisie, et politiquement Korrecte. Ouais. Bof. Pas sûr (d'railleurs il n'est pas encore condamné)
Mais là ou je sursaute, c'est en lisant Skoreki ce matin. Pas sa colonne habituelle, un papier vers la fin du journal. Il fait un parallèle entre Brisseau et ses jeunes comédiennes, et la façon dont Hitchcock, ce grand malade, traita Tippi Hedren. Hitch a été pire que Brisseau ; c'est connu aujourd'hui, et il ne s'est rien passé. Le black out a été préservé sa vie durant sur le fait que Hitch était un pervers, un gros salopard qui a soigneusement ruiné la vie de Hedren, et a sadisé copieusement les belles blondes qu'il faisait jouer. Et Skoreki, pervers à son tour, nous demande ingénuement : comme on a foutu la paix à Hitch, pourquoi on emmerde Brisseau ?
Mais gros crétin parce que les rapports de pouvoir ont changé. Parce que je pense que les jeunes comédiennes ne sont plus décidées à tout subir, les pires humiliations, même à pretextes artistiques, pour jouer. Parceque l'humiliation n'est pas absolument nécessaire à l'oeuvre d'art. Parce que les vieux cochons peuvent aller se faire rincer sans chercher des habillages à la con. Parce que les manip déloyales méritent d'être qualifiées comme telles. Parce que le poête maudit, il peut aller se l'astiquer dans son coin sans pour autant abuser de son pouvoir sur des jeunes gens qui sont dans sa dépendance. Parce que s'il le fait, et s'il abuse, il faudrait quand même qu'il se réveille à un moment. Qu'il se rende compte de ce qu'il fait.
Voilà. J'adore l'idée de me faire traiter de père-la-pudeur. Justement, j'en suis plein, de pudeur, par exemple à l'égard de ma dernière fille, Madeleine, 7 ans, que j'adore, et que j'aimerais plus tard capable de choisir, d'abord et avant tout. ET surtout pas de rester tel le petit lapin fasciné par les yeux du serpent.
Commentaires
Entièrement d'accord avec toi. En plus, il n'est pas ragoûtant le pépé négligé. Le plus triste est que les filles se donnaient du plaisir devant lui malgré ça, pas pour son grand corps difforme et fatigué, pas pour sa gueule de Bidochon, mais pour les yeux du serpent-cinéma, pour un miroir aux alouettes, la fascination et l'espoir d'être l'Elue, de décrocher le rôle.
Tu as raison, Yves. Si un père doit avoir une ambition pour sa fille, c'est bien celle-là : qu'elle ne soit jamais un pauvre petit lapin fasciné devant les yeux du serpent.
Samantha, ça me fait plaisir que tu m'approuves, bien sûr. Mais je ne suis pas certain d'avoir été suffisamment nuancé. Ma fille fera ce qu'elle voudra dans la vie (comme les autres, d'ailleurs!). Je pense que le critère essentiel, quant à l'exercice de sa liberté, c'est que, personne n'a rien à dire sur ce qui se passe "entre adultes consentants". Mais je pense aussi que les rapports entre des jeunes femmes et un vieux bonhomme, surtout quand les unes désirent ce que détient l'autre, je veux dire le film, ne peuvent être décrits par ce simple résumé : "entre adultes consentants". C'est trop inégal, presque par définition. Voilà.
Et le ton supérieur des défenseurs de la création artistique me gonfle, à cet égard, plus que je ne saurais dire.
Je crois que j'avais bien compris ;-)
"Entre adultes consentants" : la formule est tentante, reste à voir ce qu'elle (re)couvre.
Quant à dire que les gros dégueulasses ont le droit de vivre, je suis bien d'accord aussi. De vivre et d'être jugés quand il y a plainte recevable déposée contre eux, et, le cas échéant condamnés. La part de "grosse dégueulasserie" ne les fait pas sortir de l'humaine condition mais demande à être cantonnée aux voies de l'imagination ou de la réalisation entre adultes véritablement consentants... Il ne leur restera alors, dans un rapport d'égalité, à trouver des partenaires (et c'est là que ça devient plus difficile, justement, quand on est vraiment "entre adultes consentants"!)
MAIS OUAIS VAZY PAPS! T'AS RAISON! les vieux dégueulasses peuvent aller se l'astiquer dans leur coin! mais les jeunes premières ont besoin de pères (la pudeur ou pas) pour ne pas devenir de pauvres petits lapins ...
Je ne vois rien là qui pourrait nous faire bondir Samantdi ou moi ! Par contre je serais curieuse de savoir ce qui t'a fait envisager une chose pareille (et là je sens que tu vas te faire engueuler :-D)
Mais est-ce que l'intéressant ne serait pas de se demander à quel titre ce type pouvait se croire la bonne personne pour faire un film sur le désir féminin (film qui n'avait jamais été fait, donc tout à fait indispensable à faire? ça reste à prouver, mais admettons!)... s'il pensait que ce film devait être fait, il fallait le provoquer, le susciter, le faire advenir, s'y investir mais ne pas avoir la prétention de le faire lui-même, gros balourd!
Attends, ça devient byzarre, ce blog : qui c'est la tante ?
A part ça : @ Koz :parce que Liberté, etc., non ?
ET OUAIS! C'EST QUI LA TANTE???!!!
Vraiment bien ce blog. Sur le cas Brisseau, les arguments sont à peu près tous recevables (je ne les partage pas, je trouve le texte de Skorecki très beau). Seule chose qui me fait bondir: le délit de sale gueule. Tout "Négligé", "difforme", Bidochon" qu'il soit, ça ne fait pas de Brisseau un coupable. Ou alors tous les arabes habillés en Eckö sont des brûleurs de voiture, etc. Bien à vous. Olivier.
Yves :
C'est une des 4 tantes de ta fille... Donc une de tes soeurs.