je lis des journaux payants (et souvent, je ne trouve pas ça drôle)

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jeudi 10 juillet 2008

Jean Tirole, cinq "défaillances de marché" pour expliquer les subprimes --gros cons avides et irresponsables est un bon titre pour cette interview, mais comme c'est un scientifique, il cause plus poli que moi

C'est la, c'est magnifique, hélas un peu technique. Un grand prof d'économie.

mardi 8 juillet 2008

According to Bush, the problem with the French is they have no word for entrepreneurship.

Ca vient de là. La suite c'est :

There’s a quote that’s been floating around the Internet, a comment attributed to George W. Bush in a conversation with Tony Blair. According to Bush, the story goes, the problem with the French is they have no word for entrepreneurship. Any educated person with even the slightest knowledge of language immediately lapses into giggles over this story. “No French word for ‘entrepreneur’? It’s a French word, you dolt!�? is the typical response.

trouvé grâce aux commentaires de l'économiste qui veut créer le prix de la chèvre économique, et qui commence par les journalistes commentant le rapport sur l'enseignement des SES

C'est pas sympa pour les chèvres, mais hélas il a raison.

MàJ : Zut, il parait que la citation est fausse; Dommage, trop belle !

lundi 7 juillet 2008

Roger Guesnerie, professeur au Collège de France, confirme que nos chères petites têtes blondes ne sont pas endoctrinées en SES et se demande pourquoi on est venu le déranger

C'est, et c'est fort joliment dit ! Les attaques contre les modes d'enseignement de sciences économiques dans le secondaire sont le fait de gens qui ont des croyances, qu'ils confondent avec de la connaissance objective. Comme, par ailleurs, les profs de SES sont souvent (parait il) d'anciens militants de gauche, on en déduit que nos chers petits se font bourrer le mou.

d'ailleurs la preuve :

que j'ai piqué ici : trop joli !

dimanche 6 juillet 2008

"peut-être ne lisez vous pas assez les blogs économiques pour comprendre ce qu'il veut dire ?"

la citation ci-dessus me ravit : c'est le commentaire d'un économiste qui s'adresse à moi, qui avais osé poser une question sur le blog d'un autre économiste...

(voir le billet ci dessous)

Les économistes sont décidément des gens merveilleux ! Et utiles parfois, dit-on. (d'ailleurs, quand ils ne le sont pas, ils dépriment !)

jeudi 3 juillet 2008

Tiens, un économiste déprimé

Je vous le livre : il pense qu'il pourrait être utile parce qu'il sait des choses, mais que les gouvernants n'ont pas confiance en lui.

TrôBô !

jeudi 19 juin 2008

Only the top 10% of US earners have seen their incomes grow faster than productivity since 1966

C'est clair, non ? C'est la. Et on se demande encore si les bons objectifs vis à vis du Sud, c'est réduire la pauvreté (c'est en cours) ou réduire les inégalités (elles augmentent)

lundi 26 mai 2008

le coté neandertalien de la presse écrite (Le Monde) et de son avatar récent (Mediapart)

Comme ce blog est très flemmard, je vous renvoie, pour respecter son objectif affiché (je lis des journaux, etc...), vers un très bon papier très méchant très en ligne et très gratuit qui est ici.

la démo consiste à montrer que Plenel continue sur le Web a faire de la presse papier payante, et donc n'a rien compris à son propre projet. Très joli (et triste).

(mon handicap intellectuel : feuilleter le journal, se salir les doigts et boire un express brûlant fait partie de ma vie quotidienne depuis plus de 40 ans ; donc je colle à ces néandertales, tout en m'en défendant ! Dur !)

mercredi 27 février 2008

le Haut Commissaire Martin Hirsch a ouvert la boite de Pandore. Bravo. Vazy t'es vraiment un bon.

j'ai de l'estime et même de l'admiration pour Martin Hirsch, que j'ai suivi de près quand il était président d'Emmaüs. Je suis en train de lire "La chomarde et le Haut Commissaire" : super. Il a ouvert un Blog depuis qu'il est Haut Commissaire (quel titre ! il parait que ça lui rappelle son grand père !).

Et depuis, ça balance à tout va. Voyez ça. Ca impressionne.

lundi 24 décembre 2007

la déclaration d'amour d'Esther Duflo pour Jean Tirole, par Libération interposé

Ca vous a pas frappé, vous, le ton du dernier Duflo dans Libération ? Elle fond, littéralement d'admiration pour Tirole qui vient de recevoir une médaille de je ne sais plus quoi (meilleur économiste ?), ce qui, semble-t-il, est largement mérité ; amis elle profite de son papier, lire la chute, pour lui balancer un message perso dans le genre : si tu m'veux (dans ton école à Toulouse), va falloir faire la cour, mon gârs.

J'aime bien Duflo. Je veux dire que je ne la connais pas, ne l'ai jamais vue ni entendue, et ne sais d'elle que ce qu'elle écrit dans Libération ; mais j'aime bien ce bon sens. Genre : 1 - le marché existe et fonctionne moins mal que d'autres trucs ; 2 - juste pour faire quelques trucs utiles au fonctionnement de l'économie ; 3 - mais quand il essaye de faire autre chose en plus (exemple : "faire société"), vaut mieux lui taper dans la gueule avant qu'y s'la joue.

(on doit appeler Régulation, ou un truc du genre)

Voilà. je suppose que Jean Tirole est aujourd'hui un vieux monsieur. mais je serais lui, je serais flatté !

(mes meilleurs voeux)

dimanche 11 novembre 2007

Faites passer : Vive le surendettement des pauvres grâce à l'Europe moderne ! Bientôt n'importe qui pourra prêter n'importe quoi !

C'est juste un coup de gueule préventif. Un projet de directive sur le crédit conso se balade depuis des années dans les tuyaux. Un foutu rappporteur au parlement vient de glisser 2 ou 3 peaux de banane dans le texte, à peu près équilibré. C'est nos pauvres qui vont en prendre plein la gueule, car ils ne sont pas encore aussi blindés que les anglais. Voilà le texte adopté la semaine dernière par ECRC et d'autres associations. Faites passer.

Crédit à la consommation : non à la réduction de la protection des consommateurs européens ! Les associations des consommateurs et organismes sociaux protestent contre les récentes modifications du Parlement sur la directive sur le crédit à la consommation

La version actuelle de la Directive Crédit à la consommation telle qu’elle est présentée par le Rapporteur au Parlement européen :

• traite d'un domaine important pour la cohésion sociale et la défense des consommateurs dans l’Union européenne à l'égard de la hausse du surendettement, de l'usure et du manque de contrôle des consommateurs sur leurs propres finances

• veut remplacer l’expression « assure un haut niveau de protection des consommateurs », comme l'exige l'art. 95 du Traité par « protège les consommateurs à un niveau approprié », en mettant à la charge des consommateurs la responsabilité de devoir s’informer eux-mêmes et de porter seuls les conséquences d’un produit inadapté

• remplace les règles nationales de protection des consommateurs par le droit communautaire (principe d’ « harmonisation totale ») et réduit en même temps les normes minimales dans certains domaines (crédit lié à un produit d’épargne assurance vie, frais de remboursement anticipé...) et demande aux États membres de supprimer les obligations minimum des prestataires dans le prêt responsable, comme l’obligationd e ocnsulter les fichiers débiteurs et autres bases de données dans certains pays

• révoque l'obligation de fournir une série d’informations communes et standardisées, qui contiendrait les points les plus pertinentes pour le consommateur ; ainsi que l’obligation de lui fournir un plan d'amortissement et de remboursement montrant l'impact qu’aurait le crédit sur sa situation financière

• raccourcit le délai de rétractation pendant lequel le consommateur peut révoquer son crédit s'il n'est pas correctement informé de ce droit.

• Affaiblit le principe du « prix tout compris » pour le crédit dans son ensemble (le "TAEG" : taux annuel effectif global), puisqu’il exclut non seulement les intérêts cachés sous forme de commissions reversées a partir des frais d'assurance, mais veut également exclure le coût des intérêts associés aux remboursements d’un crédit lié a un produit d'épargne à moindre rendement, ce qui fera baisser le plafond sur l'usure dans de nombreux pays

• donne le droit de facturer des frais et indemnités lors d’un remboursement anticipé et d’un refinancement, touchant en particulier les plus vulnérables, et a l’intention d'introduire une nouvelle forme de protection des consommateurs seulement "à la demande"

• va nettement en dessous des normes actuelles en matière de défense des consommateurs dans le cadre des législations nationales s’appliquant aux prêts hypothécaires, crédit-bail, crédit à petit montant, remboursement anticipé, intérêts de retard, et droit d’annulation ou garanties

• ceci concernant une proposition qui n'a pas été discutée de façon conforme et publique par le Parlement européen en deux lectures par les mêmes députés élus

Pour la protection des consommateurs, l’ECRC exige, au minimum, que les points suivants soient introduits avant l'adoption de ce projet de directive :

1. Rejeter la proposition faite par le député européen M. Kurt Lechner, rapporteur de l’IMCO (commission du marché intérieur et de la protection du consommateur) dans sa totalité, et en particulier sur l'affaiblissement du niveau de protection des consommateurs dans l'UE, le concept de "protection du consommateur sur demande seulement", l'exclusion des frais connexes dans le calcul du TEAG, l’abrogation de l’obligation d'information et de fournir un tableau d'amortissement et de remboursement, la suppression des normes minimales dans l'UE et les autres points mentionnés ci dessus

2. Transformer l’harmonisation totale en une obligation globale d'information, tout en laissant le droit à une meilleure protection des consommateurs au sein des États membres.

3. Introduire une réglementation uniforme pour le calcul d’un TEAG à un « prix tout compris » qui permette les comparaisons, et inclut le coût de tous les services, particulier le coût des contrats d'assurance que le prestataire à lié à son offre de crédit, et pour lequel le créancier conserve le droit de rejeter la demande de crédit du consommateur dans le cas où ces services connexes ne seraient pas achetés en même temps et avec le crédit lui-même.

4. Inclure les crédits revolving de petits montants dans le champ de la directive car ceux-ci conduisent dans la pratique à des systèmes de refinancement par cartes de crédit ou par prêts sur salaire ; et étendre le texte pour couvrir le crédit-bail qui remplace l’utilisation d'un crédit.

5. Maintenir le droit de rembourser et de s’acquitter de sa dette en tout temps sans pénalité et de frais.

mercredi 7 novembre 2007

Tiens, ma chérie, enfin un économiste qui sait écrire ! Et qui écrit modestement !

Toi qui aimes, malgré l'intimidation, les économistes, tu devrais lire Le Monde de ce soir. page 2,, il ya un excellent article de Daniel Cohen qui explique que les pauvres n'ont pa pas tort de trouver que la vie est chère, alors que tous les économistes nosu expliquent que non, ya pas d'inflation et ya pas de hausse des prix. C'est lumineux..

En voilà un au moins qui fait son boulot d'économiste : ils nous raconte, décrit, explique modestement la réalité. Au lieu d'enchoser les mouches en nous racontant ses rêves éveillés sur l'avenir.

mardi 9 octobre 2007

Les économistes nous prennent pour des chiens (ya un T shirt à gagner à la fin de ce billet)

Je vous republie ici un commentaire que j'avais laissé chez Samantha (dite "ma chérie") parce qu'elle a autre chose à penser, et par pure coquetterie : mon commentaire a eu un commentaire que j'ai particulièrement apprécié ; donc je me sens un peu responsable vis à vis de l'humanité souffrante.

Samantha, qui aime provoquer des rixes, me hélait de sa voix forte en demandant : "Yves (Duel, bien sûr), je ne comprends pas ce que tu reproches à (ce merveilleux, si didactique, sage et pondéré - note de la claviste) Alexandre". il s'agit d'Alexandre Delaigue : googlisez le si vous connaissez pas.

voici voilou, lui réponds-je :

Ma chérie, ce que je reproche aux économistes, y compris ton Delaigue chéri, c’est de nous prendre pour des chiens.

Même quand je te cite : « D'où l'impression que l'économie, c'est pour les spécialistes. Des gens érudits et un poil prétentieux. Qui de toute façon sont comme les prévisionnistes météo, dans l'erreur la plupart du temps ».

(je retiens ton autre citation pour la fin : « le délicieux Yves Duel ». Ca, c’est du bloging !)

Bin non, ta comparaison n’est pas la bonne. Parce que les prévisionnistes météo améliorent d’année en année leurs prévisions : aujourd’hui, ils en sont (en général dans les zones tempérées) à plus de 60% de probabilité de prévoir juste (donc presque « la plupart du temps) ; et ils amélioreront encore à mesure que leurs possibilités de calcul augmentera. C’est tout con : il faut augmenter le nombre des capteurs et la puissance de calcul pour comparer : quand il se passe ceci à cet endroit, il est de plus en plus probable qu’il se passera cela.

Il reste deux différences avec les économistes : les météo analysent des comportements « rationnels », mais sans intention ni volonté, alors que les économistes sont censés interpréter des comportements humains , c'est à dire avec des intentions (même stupides et irrationnelles) et des volontés (même quand on ne les comprend pas).

Deuxième différence : les météo n’existent que pour prévoir ; ils y sont contraints par leur statut même (ou alors ils sont virés !) ; alors que les économistes ne prévoient que parce que ça les branche, ou parce qu’ils ont payés pour ça. Et la plupart d’entre eux feraient mieux de suivre le conseil de Keynes : s’ils savaient nous raconter la réalité et l’interpréter pour nous, ce serait déjà pas mal, au lieu de vouloir prévoir (et prévoir l’avenir, ce qui est encore plus dur �?� )

C’est ça le cœur du truc. Les économistes sont pas définition les Sybille du prince, qui les paye pour se désangoisser du futur. Alors ils se croient malins en se réfugiant dans la science pour en « déduire » des tendances. Et ils n’ont raison, en général, que dans les domaines ou un peu de bon sens (et de culture) suffirait.

(Évidemment le prince peut être Sarko, mais aussi le peuple, la banque ou même le parti communiste. C’est pas un problème. Tout le monde peut se payer une Sybille qui pousse des hurlements indistincts au fond de sa caverne ; hurlements que tu as donc le droit d’interpréter comme tu veux !)

Exemple sur celui que tu aimes. « L’approche coûts bénéfices » appliquée à l’immigration. Je conteste le postulat de départ ( = cette approche serait utile pour se faire une idée). L’immigration est le domaine typique des passions. C’est la haine de l’autre (et de soi même ?) qui probablement mobilise une partie de l’opinion, alors relayée par le discours public de leaders qui la mettent en forme. Et c’est une passion humaniste symétrique qui fonde l’attitude des autres, souvent peu opérationnelle.

Mais l’essentiel est là. On a envie éventuellement (rarement, en fait) de fonder sa passion sur des raisonnements « rationnels » (merci les économistes modestes qui se contentent de mettre en forme les arguments : ils racontent, ils décrivent). Mais on ne changera pas d’opinion pour autant, car on ne changera pas de fonction sociale. Ou rarement. Donc les uns (ceux qui gouvernent) devront assumer des décisions et provoquer des inflexions politiques ; et les autres (les humanistes) continueront de résister : stupidement pour certains d’entre eux (je suis agacé de temps à autres par la naïveté de mes camarades solidaires de RESF) ; mais en raison de passions que je continue de trouver admirables. Et puis après il se passe deux choses. C’est du rapport de forces que sortira la décision. Et on n’obtiendra aucune inflexion profonde sans accès à une meilleure culture d’ensemble pour tous. C’est plat, hein ? Mais c’est comme ça la vraie vie !

Regarde le récit, c’est pas compliqué, des 4 gros pêtages de plomb de ces dernières années, et tu y trouveras plein d’économistes rassurants, dans un mélange d’hypocrisie, d’avidité, de corruption, d’idéologies toutes faites. Regarde la crise de 96 en Asie : de gros salopards d’économistes ont passé des décennies à donner des leçons aux pauvres ; et les seuls pauvres qui s’en sont tirés sont ceux qui ont réussi à résister à leurs médications. Regarde LTCM : avidité et cupidité expliquent mieux la chute que n’importe quoi d’autre. Dedans, il y avait 2 prix Nobel d’économie. Regarde Enron : des wagons entiers d’économistes ont justifié la modernité du marché de l’énergie bla bla, alors qu’il y avait juste une belle bande d’escrocs. N’arrête surtout pas de regarder le Subprime, car ça va croitre et embellir : avidité et cupidité idem ; et cette fois ci les salopards (bien sur confortés par des économistes) savaient très bien ce qu’ils faisaient en surendettant les pauvres. Et là, on se fait les pauvres et moyennement pauvres du pays le plus puissant de la planète. Ca a de la tronche, non ?

T’as besoin d’économistes pour te raconter tout ça ? tu peux, mais au moment ou toi, citoyenne, tu fais un effort, tu te concentres, mais tu sens que tu ne comprends pas, tu peux aussi te dire : voilà le rideau de fumée. Ce mec n’est pas capable d’être clair. Ca peut pas être un bon économiste. Stop.

Les deux trucs qui m’exaspèrent chez les économistes, c’est qu’ils sont (même si certains le nient) des rationalistes. Ils essaient de s’en défaire, mais toutes leurs constructions sont fondées sur l’hypothèse que les « agents économiques » (toi, moi, les entreprises) ont des comportements rationnels, ce qui veut dire dictés par leur intérêt.

Même les plus modernes à la Mankiw, jeune et chicos prof d’une université américaine prestigieuse, et que ton ami Delaigue admire certainement. L’un de ses théorèmes de base, son La Loi et les Prophètes, c’est : « les agents économiques réagissent aux incitations ». Voilà. Super, non ? Là, tu es impressionnée, n’est ce pas ? Et d’ailleurs il a raison, c’est vrai dans 90% des cas, sauf que ce sont les 10% restants qui cassent tout et sont imprévisibles. Tu as deviné toute la science du Roi des Économistes. Dire « les agents réagissent... », c’est juste traiter les agents en question comme Pavlov traitait son chien (Pavlov qui par ailleurs était alcoolique, ignorant et escroc). Tu me présentes un plat vide, je remue quand même la queue (toutes choses étant égales par ailleurs), il me semble qu’il n’est pas indispensable de passer par une université américaine pour dire ça et pour en percevoir en même temps les limites. (Non, il n’y a aucune allusion obscène dans Mankiw, à ma connaissance !)

Et 2 : leurs raisonnements sont toujours « toutes choses égales par ailleurs », alors que par définition, TOUTES les choses ne sont JAMAIS égales par ailleurs. Avec de telles restrictions mentales, moi je te fais de la science : Si ma tante en avait deux (toutes choses égales par ailleurs), ce serait mon oncle –etc etc etc

Voilà. Ton Delaigue est sans aucun doute un gentil garçon, mais je crains qu’il n’ait jamais quitté sa gentille école et ses gentils élèves. Il leur décrit très bien la réalité et la leur rend accessible, mais dès qu’il se met à leur prédire l’avenir, je lui suggérerais volontiers d’aller plutôt mettre la main aux fesse de Madame Irma ; ça ne peut lui faire que du bien !

(la fin de mon comment a disparu dans la stratosphère, je ne sais pourquoi). Mais émerveillé, je découvris, entre d'autres choses tristes ches Samantha, un commentaire percutant à mon commentaire :

Le mardi 9 octobre 2007 à 09:47, par Anne

C'est où la boutique pour acheter le t-shirt "I love les explications d'Yves Duel qui me réjouissent dès potron-minet" ?!!

samedi 22 septembre 2007

Un "système qui taxe les pauvres pour financer les vacances des traders" : c'est l'assurance chômage à la française

Très jolie démonstration ici.

Ma chérie, tu vois que je ne traite pas TOUS les économistes d'autistes prétentieux !

jeudi 30 août 2007

contre les petits marquis économistes

Un vrai plaisir de lire cet échange entre Attali et Minc. Je n'ai aucune estime pour le second, mais les arguments sont intelligents. Et ils justifient tout à fait l'ironie d'Attali à l'égard des économistes (qui va peut être bien jusqu'au mépris)

Comme ces derniers se gaussent sur leur gentils blogs, il serait intéressant de leur demander si la passion, les fonctions démiurgiques, la loyanté, concepts de base d'une "science" économique qui se donnerait un rôle, font partie ou non de leurs programmes de travail ?

Ils ont l'air de prouver jour apèrs jour que non. Mieux vaut faire des maths, ça, c'est exact !

mardi 21 août 2007

la crise Subprime, c'est la faute à ces salauds de pauvres, encore eux

J'en lis de belles dans la presse payante ces derniers temps sur la nianiannian crise du Subprime mortgage niark niark. Rien qui puisse faire comprendre aux gentils citoyens ce qui se passe exactement.

J'avais fait mon petit effort perso, mais ça reste un peu lège. Alors je t'explique, lectrice chérie : tout ça, c'est encore la faute à ces salauds de pauvres. Ces imbéciles, ils ont voulu à tout prix se payer une baraque, et ils se sont endettés au delà de ce qu'ils sont capables de rembourser. En plus, ils ne savent pas lire : ils voient pas que le taux variable, c'est "tu paies tout petit aujourd'hui, très cher demain".

Et en plus, ils savent pas anticiper. D'accord, le prix des maisons aux US a toujours augmenté depuis 1945, mais ça peut baisser. Hé bé, ça baisse (quand les pauvres commencent à acheter n'importe quoi en grand nombre, tu peux parier : ça va baisser).

Donc tout ça fait qu'ils ne peuvent plus, après quelques mois ou quelques années, rembourser leurs prêts hypothécaires. Ils ne peuvent plus du tout du tout : tu peux pas tondre un oeuf!

Donc ils sont devenus encore plus pauvres, mais leurs dettes (qui avaient été transformés en produits financiers merveilleux : plus rentables que des actions !) se baladaient dans les comptes des banques ; et sont devenus tous pourris, trop risqués, plus rentables du tout ! Ah les salauds de pauvres ! ! ! ILs arrivent, tous seuls comme des grands, à provoquer une CCCCRise MMMMajeure du SSSSystème FFFFFinancier IIIIIIIIIIIIIIIIIInternational --tu te rends compte ! les PPPPauvres !

Bref, le premier papier que je lis avec un encadré (pas un article tout entier, faut pas exagérer) sur le fait que des millions d'américains pauvres vont perdre leurs maisons dans les mois qui viennent est dans Marianne. Le premier papier et le seul. Bravo les journaleux.

juste une citation dans ce papier : Artus qui dit : ca fait 3 ans qu'on dit à nos clients : touchez pas au Subprime. Peut être qu'il aurait dû crier plus fort, le gourou ?

lundi 9 juillet 2007

Tout ce que j'ai appris, c'est Stratégique. Avant, je connaissais même pas ce mot, Stratégique.

C'est l'un de mes stagiaires (puisque je coordonne une équipe de stage de machins-choses. C'est très provisoire) qui me dit ça avec une lumière dans l'oeil. Passqu'il sait qu'il a tout faux (banane, t'étais là pour apprendre à faire du business) ; et qu'il a tout bon (les profs qui savent pas à qui ils causent : qu'ils aillent se faire mettre !)

C'est ce qui me met en rogne en lisant ce désolant billet d'un blogeur par ailleurs estimable. Stratégie, dit-il, et dans son billet, ça désigne les chances statistiques de faire des revers ou des coups droits à Wimbledon --peu importe. Bref, la tentative de réduction d'une intuition forte à des fréquences observées et / ou calculées.

Un reste d'esprit rationnel me fait dire que toute cette merveilleuses science mathématique n'est pas entièrement vaine. Mais quand les pôvres économistes mathématiciens se plaignent qu'on les méprise à cause de leurs exactitudes de comptables, ils exagèrent. Et ils exagèrent surtout leur mauvaise foi. On ne les déteste que quand ils veulent réduire en équation ce qui relève de la passion humaine.

(Un jour j'écrirai un papier vengeur et de mauvaise foi sur "la rationalité limitée", dernier recul théorique des économistes pour ne pas paraitre définitivement idiots)

C'est d'ailleurs la conclusion d'Econoclaste, qui confirme qu'il s'amuse et ne compte pas faire oeuvre utile en quoi que ce soit. Il dit : les bons joueurs en font pas d'équation, mais adaptent leur jeu intuitivement. Sans blague, gros malin.

jeudi 12 avril 2007

pauvreté, inégalités, eugénisme, libération et le Sarkozisme dans le texte

Joffrin a raison de dramatiser ("rupture historique") le sens de l'entretien avec Sarko paru ce matin. Et qui m'a troublé parce que j'y retrouve l'une des questions avec laquelle je me castagne ces dernières années.

C'est curieux qu'un candidat aussi "énergique", donc pensant que l'on peut "changer les choses" avec sa volonté soit aussi fataliste sur le fond. On ne peut rien changer au fait d'être migraineux, on ne peut rien changer (?) au "fait" (?) d'être pédophile ou homo... On est né comme ça.

voilà la citation :



"Pourquoi avoir déclaré que la pédophilie était génétique ?

Je n'ai pas dit exactement cela. J'ai expliqué que tout ne dépendait pas de l'acquis, mais qu'une partie pouvait être de l'inné. Dans quelle proportion ? Je ne suis pas savant. Par exemple, quand j'étais enfant, j'étais choqué parce que l'on expliquait, quand un enfant était homosexuel : «Sa mère a eu tort, elle a dormi avec lui». Quand un enfant était anorexique, on disait : «Le père était absent.» Quand un enfant était autiste, on disait : «Oh là ! Les parents ont divorcé, cela a provoqué un choc.» Depuis, on sait que l'autisme, c'est génétique. Je pense aussi que la sexualité est une identité.

Vous avez dit que vous étiez né hétérosexuel...

Oui, je suis né hétérosexuel. Je ne me suis jamais posé la question du choix de ma sexualité. C'est pour cela que la position de l'Eglise consistant à dire «l'homosexualité est un péché» est choquante. On ne choisit pas son identité. Vous, à quinze ans, vous vous êtes demandé : «Au fond, suis-je homosexuel ou hétérosexuel ?»

Vous pensez qu'on exagère la part de l'acquis dans la mentalité contemporaine ?

On a l'identité qu'on a. De la même façon qu'il y a des gens qui ont tendance à grossir et d'autres pas, des chauves et des chevelus, des petits et des grands... Nous sommes six millions de migraineux. C'est totalement héréditaire. Ma mère était migraineuse, mes fils sont migraineux. C'est un patrimoine génétique".

Ce fatalisme est aussi celui qui constate qu'il y a des pauvres et des riches, des intelligents et des sales cons ; et que contre des prédispositions, on (la société) n'y peut pas grand chose...

Le rapprochement que fait Joffrin dans son édito avec les positions de Sarko sur les droits de succession est bienvenu. En gros : il ne faut pas essayer de contrecarrer la tendance. Sarko accuse "vous voulez prendre aux riches" pour justifier que "tout le monde" puisse transmettre son patrimoine à ses enfants. Mais sous l'accusation, c'est bien le maintien des inégalités dont il s'agit. On ne profite pas du passage d'une génération à une autre pour redistribuer les cartes : prime au talent ; fils de riche et file de pauvres sont un tout petit peu moins inégaux sur la ligne de départ (c'est le schéma de gauche théorique : en réalité, 90% des patrimoines sont déjà exonérés !)

voilà la citation :

"Votre programme fiscal ne sert pas vraiment les catégories populaires. La suppression des droits de succession, c'est un beau cadeau pour les riches ?

L'égalité des chances, ce n'est pas d'aller prendre le patrimoine de celui qui a la chance de naître dans une famille où il y a un patrimoine, c'est de faire en sorte que celui qui naît dans une famille où il n'y a pas de patrimoine puisse en acquérir un. Il n'est pas illégitime que des parents qui ont travaillé toute leur vie transmettent quelque chose à leurs enfants. Que doit faire la République pour garantir l'égalité des chances ? Non pas retirer le patrimoine de celui qui a des parents qui l'ont gagné, mais donner plus à celui qui n'a pas de patrimoine. Moi, je suis pour que la République corrige les inégalités en promouvant ceux qui n'ont rien. Vous, vous êtes pour que la République corrige les inégalités en faisant reculer ceux qui ont un patrimoine".

Ces deux thèmes me renvoient à la bagarre théorique et politique dans laquelle je suis, et qui porte sur la micro finance. Depuis des décennies, le discours américain dominant dans ce domaine affirme que la micro finance a pour but le "poverty alleviation", la baisse de la pauvreté. Or les résultats montrent que c'est faux : ce sont les politiques macro qui sont les premières causes de la baisse de la pauvreté sur la planète. Pas la micro finance, qui a des impacts très réduits dans ce domaine.

En revanche, quand la pauvreté baisse, les inégalités augmentent ; s'aggravent même de façon dramatique. Donc c'est vraiment une escroquerie de fixer des objectifs de ce genre (faire baisser la pauvreté) à des interventions micro, et dont le contenu idéologique est énorme.

Il n' y a que 2 ou 3 auteurs qui hurlent ça depuis des années. La micro finance devrait avoir pour objectif de contribuer à la lutte contre les inégalités, et non contre la pauvreté ; c'est une escroquerie de faire croire que l'on peut construire un projet collectif sur un tel schéma. On ne met pas en place une politique de santé ni d'accès au logement et d'éducation pour les pauvres à coup de micro finance...

Mais surtout, derrière ce raisonnement, le fatalisme est le même. Pourquoi s'inquiéter des inégalités ? Elles sont vaguement génétiques ; en tous cas insurmontables. On va faire en sorte de mettre les pauvres "au boulot" (ils "prennent l'initiative" : trop joli comme expression toute faite !) ; comme ça on aura la satisfaction de prouver qu'ils sont capables "d'améliorer" leur propre sort.

Mais fondamentalement, comme ils sont cons, ils sont destinés à rester pauvres. UN peu moins pauvres, mais de plus en plus, infiniment plus comparé aux riches : aux sociétés riches, aux continents riches, aux tribus, aux groupes riches de la planète.

C'est ça le noeud du truc : les riches n'ont plus besoin des pauvres, et en plus, les pauvres ne leur font même plus peur, depuis que les bataillons marxistes ont disparu. Donc pourquoi s'emmerder, pourquoi se retenir?

(bien sur, pour ce qui concerne la micro finance, je n'en tire pas de conclusion : faut tout jeter à la poubelle -au contraire ! Mais faut pas se laisser avoir sur le sens et la portée de ce que l'on peut réaliser dans ce champ !)

dimanche 25 mars 2007

Le Eric Besson vaut le coup d'oeil

Ca prend un heure et ça vaut le coup. Un bon commentaire chez le bourgeois social-traitre assumé. Il reprend un thème que j'aime bien : Royal nous promet : plus que 20% d'électricité d'origine nucléaire dans quelques temps (ce qui est une grosse bêtise, montre Besson), puis rectifie : ce sera 50%, comme dit le PS.

Et les journalistes, ils ont faire quoi dans l'entre deux ? ils ne se sont pas étonnés ? ils ne l'ont pas questionnée ? Ils n'ont pas fait le rapprochement ? Bin non.

Pour moi, le livre énervé de Besson a deux qualités :

-d'abord, il est sincèrement énervé : donc il balance pas mal sur les moeurs internes des petits marquis du PS et sur la solitude royale dans laquelle la candidate fait son propre programme, y compris au prix d'approximations vaseuses

- ensuite il marque bien la distance culturelle entre le mec qui vient du privé (Besson a de réelles compétences et une réelle expérience du privé) et les petits marquis qui viennent de l'ENA. Décidément, cette cour de gauche y compris le PS est peuplée de gens brillants ; mais presque exclusivement de gens du secteur public. Ils ignorent totalement les entreprises et leurs besoins ; a fortiori les petites entreprises. Comment des gens comme ça peuvent-ils concevoir un programme éco à peu près adapté ? Ca m'épate !

jeudi 8 février 2007

les papys maires des banlieues veulent faire du bien aux djeunzes

Je lis le manifeste des maires des villes des banlieues. Super bien.

sur l'emploi, faiblard. Très l'Etat, au secours, on veut du pognon, du pognon et du pognon.

''

''9.1. Mieux organiser et coordonner les politiques d’insertion

Rapprocher les services économiques et des services sociaux des collectivités, et ceux-ci des entreprises elles-mêmes, ....

Accélérer la réalisation des Maisons de l’Emploi....

9.2. Revitaliser ces mêmes politiques d’insertion

Recenser les opportunités d’emploi et de formation offertes par les opérations de renouvellement urbain et leur articulation avec les PLIE....

Redonner une dimension réelle et opérationnelle au dispositif d’insertion censé accompagner le versement du RMI

9.3. Relancer les contrats aidés pour les jeunes très éloignés de l’emploi

Prolonger le dispositif des emplois jeunes, contrats d’avenir et autres contrats aidés.... Satisfaire aux besoins des populations, notamment en termes de prévention, de médiation, d’éducation et de loisirs, en assurant des services eux-mêmes producteurs de lien social

Restaurer l’employabilité d’un certain nombre de jeunes et de personnes très éloignées de l’emploi ....

9.4. Requalifier les territoires en déshérence économique

Poursuivre, évaluer et au besoin étendre le dispositif des ZFU

Amplifier les moyens de l’EPARECA ....

Privilégier l’économie sociale et solidaire, ....

9.5. Aider les jeunes diplômés des quartiers

Amplifier la lutte contre les discriminations à l’embauche....

Accompagner, par des dispositifs spécifiques, les jeunes diplômés des quartiers à la recherche d’un premier emploi ....

Pourquoi pas. bien que les 3/4 des propositions soient misérabilistes.

Mais simple rappel (je ne l'ai pas sous la main) : un sondage assez crédible montrait récemment qu'en banlieue, un jeune sur deux a envie de créer son entreprise. Vous faites quoi pur ceux là, les papies ?

Vous les découragez (trop risqué, mon gars), ou bien vous les accompagnez intelligemment ?

jeudi 4 janvier 2007

Oui, vous pouvez prêter aux pauvres

Un excellent papier dans Libération sur Kiva : faire du microcrédit soi même, avec un risque limité, et connecté avec l'entrepreneur du Sud...

Evidemment, comme tous les papiers grand public, il y a dans cette enquête de joyeuses naïvetés. Mais depuis que le microcrédit est devenu à la mode, c'est l'un des meilleurs que j'ai lu.

(Autres prêteurs du même type : Zopa et Prosper, si ça vous intéresse)

dimanche 17 décembre 2006

Le Parisien : la moitié contre l'ouverture du dimanche

C'est juste comme aide mémoire (pour le jour ou je ferai ce billet vengeur sur les entrepreneurs --que j'adore, mais qui sont quand même un peu bas de plafond) : sondage Le Parisien de ce dimanche : c'est 49-51 sur l'ouverture des magasins le dimanche. Les moins de 30 ans sont plutôt pour, mais plus ils vieillissent, plus ils sont salariés, plus ils sont contre.

Voilà. J'adore l'idée d'ouvrir le dimanche. Mais pas si ce sont des jeunes femmes mères isolées qui sont contraintes (soyez pas hypocrites) de faire le boulot.

vendredi 13 octobre 2006

Yunus, la Grameen et la microfinance prix Nobel - Ca commence à manquer d'évaluation sérieuse dans le secteur

Oui, il était temps , et tant mieux. Dommage que ce soit Yunus qui gagne, grâce à l'antériorité, parce que son organisation, la Grameen bank, n'est pas aussi exemplaire qu'elle l'a été.

Ca commence à manquer gravement d'évaluation sérieuse dans ce secteur. A preuve ce papier paru hier dans une revue suisse "Finance et bien commun" :

Evaluer les performances sociales de la microfinance : un sujet polémique

L’année mondiale de la microfinance en 2005 a provoqué une unanimité de façade. Au-delà de la dévotion naïve exprimée par de trop nombreux médias, des incidents récents montrent qu’on ne dispose pas, aujourd’hui, d’appareils méthodologiques robustes et consensuels pour prouver que les avantages de tel ou tel système sont nettement supérieurs à ses impacts négatifs. On sait pourtant que l’action de la microfinance devient négative dans des circonstances bien précises, comme on pouvait le lire, par exemple, dans un article au ton brutal d’Isabelle Guérin et Marc Roesh paru dans Le Monde du 29 novembre 2005.

La question des performances sociales de la microfinance est d’autant plus cruciale que l’influence des marchés financiers devient dominante dans ce domaine, après des décennies d’influence des ONG et des financements par l’aide publique. Une évaluation de cet aspect de la microfinance est alors nécessaire. Mais ceci provoque des réactions vives, dont voici quelques brefs exemples.

Mesurer la performance sociale de la microfinance « est une fausse priorité », et les études « sont inutiles »

Un faux problème ?

Au cours de cette fameuse année 2005, les publications se sont multipliées : du coté des grands bailleurs, il fallait montrer que le consensus régnait. C’est peut-être cela qui a alimenté la violence du ton de l’article d’un certain Marc Jacquand, Programme Manager des Fonds d’Equipement des Nations Unies (FENU), « Measuring Social Performance : The Wrong Priority », paru dans le magazine en ligne Microfinance Matters en août 05.

M. Jacquand cite le « Livre rose » du Consultative Group to Assist the Poorest (CGAP), un guide destiné aux bailleurs selon lequel les Instituts de microfinance (IMF) doivent produire une information standardisée et « permettant la comparaison des performances financières ainsi que sur les performances sociales » des IMF. Mais il suggère de ne pas aller plus loin dans la mesure des impacts, car le lien causal entre les prêts et le succès des IMF est trop difficile à établir.

Mais surtout, écrit-il, ne risquons-nous pas « de ghettoïser la microfinance en mettant l’accent sur les performances sociales », alors qu’il existe un consensus pour dire que « la microfinance doit entièrement s’intégrer dans les systèmes financiers nationaux et internationaux » ? Et d’ailleurs, quand on enquête sur ceux qui demandent que l’on améliore l’information sociale, « en fonction de votre degré de cynisme », on s’aperçoit que ce sont « des consultants et des équipes de recherche qui cherchent à justifier leur propre existence ». Bref, résume-t-il, dans un contexte de « ressources limitées », « attirer notre attention et notre argent pour mesurer des performances sociales mal définies est une fausse priorité ».

Un peu plus tard, le 4 novembre 2005, le quotidien suisse l’agefi, qui est très lu dans les milieux financiers francophones, publiait une « réflexion » d’un rédacteur en chef, Christophe Roulet, intitulée « La microfinance et les études de cas ». L’article commence sur un ton ironique : l’Université de Genève et le Bureau International du Travail (BIT), après avoir examiné une cinquantaine d’IMF, concluent « que la grande majorité ont du mal à atteindre le seuil de rentabilité. Quelle nouvelle ! ». Alors que certaines IMF commencent à trouver des relais « sur le marché des capitaux », « le plus affligeant, c’est qu’on arrive à dégager des fonds pour financer une recherche académique qui ne sert strictement à rien », affirme le journaliste. D’ailleurs « initier une étude concluant que les IMF ont de la peine à être rentables est non seulement une imbécillité dans son principe, mais elle porte outrage à tous ceux qui luttent pour prouver le contraire ».

Ces deux exemples ne sont pas de simples anecdotes. Les personnes qui s’expriment ainsi ont des responsabilités vis à vis de l’opinion publique. On peut être sidéré par la violence du ton, éventuellement par la vulgarité des arguments (par exemple sur les consultants qui « cherchent à justifier leur existence »). C’est pourquoi il faut considérer ce type de discours comme un symptôme, sans doute celui d’une angoisse diffuse. Le consensus humaniste ne suffit plus.

Attirer les bailleurs privés

Car, l’autre effet de l’Année mondiale de la microfinance est de confirmer aux grandes banques internationales et aux gérants de capitaux que le secteur de la microfinance peut devenir un investissement rentable. Les recommandations du CGAP de ces dernières décennies ont toujours été univoques : les IMF doivent, avant tout, « se libérer » des subventions publiques. Ce sont les principes édictés dans un court guide, Donor Guidelines for Microfinance International Best Practice, du Committee of Donor Agencies for Small Enterprise Development, qui figure sur le site du FENU. Les résultats seraient certains : « des expériences internationales montrent que les meilleures IMF ont atteint leur efficacité opérationnelle en 3 à 7 ans, et leur autosuffisance financière (c’est à dire la couverture de la totalité de leurs coûts financiers par des taux d’intérêt non-bonifiés) en 5 à 10 ans », ce qui est vivement contesté par de nombreuses organisations. Elizabeth Littelfield, directrice du CGAP, admettait elle-même en 2004 que sur 7000 IMF, « une centaine sont déjà pérennes, c’est à dire qu’elles pourraient fonctionner et être rentables sans subventions des bailleurs de fonds en ayant recours au marché des capitaux » (Le Monde du 28 mai 2004).

Pour les grandes banques internationales, les rendements sont au Sud, désormais.

Ainsi, on se souviendra de 2005 aussi comme l’année charnière. La microfinance dominante passe désormais sous l’influence des grands bailleurs privés, alliés à des banques et d’autres institutions financières internationales, privées également. Le champ de la microfinance devient une partie de la R&D, du marketing innovant, de l’expansion géographique de ces institutions.

De nouveaux marchés pour les banques

Les domaines d’investissement des banques, régulièrement décrits sur le site MicroCapital (« the candid voice for microfinance investment » ), sont trois :

1. Pour les grandes banques de détail, leur implication dans la microfinance est une façon d’explorer de nouveaux marchés. Citi Group, ABN Amro ou Barclays « recherchent une exposition directe ou indirecte sur ces marchés de la microfinance, pour une raison simple : il y a de l’argent à se faire », y a-t-il écrit sur le site. Plus largement, dans son dernier rapport annuel, Citi Group explique que c’est également une façon de remplir ses obligations en termes de responsabilité sociale. Mais il s’agit aussi d’« aider » les activités du secteur informel à se développer en direction du secteur formel, en créant au passage de meilleurs clients, c’est-à-dire des clients plus sûrs pour les banques.

2. Les grandes banques de détail ont également besoin de tester de nouveaux outils sur de nouveaux marchés : par exemple des méthodes de scoring individualisés, qui abaisseraient sensiblement les coûts de transaction, puisque ceux des IMF sont réputés élevés. C’est un début de contamination des prêts professionnels, qui reposent sur la qualité d’un projet, par les techniques des prêts à la consommation, les scorings personnels. On sait pourtant que ces techniques, mal utilisées, ont été à l’origine de la grave crise financière dans plusieurs pays d’Amérique latine, qui culminait au Pérou et en Colombie en 2000.

3. Enfin, plus globalement, le monde développé regorge d’épargne, et les gérants constatent que les rendements y sont et resteront bas, alors que les pays émergents offrent des perspectives de rendements élevés. La tentation est alors forte de confier des capitaux à des IMF « matures », tout en promettant des rendements élevés aux souscripteurs que sont les fonds de retraite anglo-saxons, comme le font par exemple Blue Orchard et Morgan Stanley.

Rendement et microfinance

Promettre des rendements élevés tout en investissant dans la microfinance : c’est cette image idéale qui est questionnée par les évaluations portant sur les performances sociales des IMF. La microfinance ne mérite son nom que si les IMF continuent de servir les pauvres, de telle façon à ce que les prêts servent à les enrichir, et non à les appauvrir. Or, les exemples qui montrent que la finance de marché, en apportant des fonds dans ce secteur, aggrave la pression de la rentabilité se multiplient. C’est pourquoi il est crucial de vérifier, au fur et à mesure, si les objectifs sociaux restent compatibles avec de tels objectifs financiers. D’où, sans doute, la nervosité des commentateurs tels ceux cités plus haut : ne perdons pas de temps ni d’argent à faire des études…

Les alertes se multiplient. Après la grave crise d’Amérique latine et la réforme très profonde de la Grameen Bank en 2006, en Inde, les critiques à l’égard de quelques grandes IMF prolifèrent. L’Andhra Pradesh, l’État indien où les réseaux de microfinance sont les plus denses du sous-continent, connaît une crise grave, avec des effets de concurrence entre microfinance publique et privée : le résultat est une augmentation dramatique des situations de surendettement des paysans, rapporte Cyrille Fouillet de l’Institut français de Pondichéry.

Mesurer les performances sociales, au-delà des impacts sociaux. Et au Sud comme au Nord.

Il devient donc crucial de vérifier s’il existe un lien entre la pression financière et la pratique des IMF concernées. On s’accorde à dire que l’intervention des grandes banques internationales a des effets très positifs sur les développements de la microfinance (abondance des capitaux, expérience, savoir-faire, réseaux, technologies, etc.) ; mais la promesse implicite de ces banques à leurs actionnaires, est celle d’investir dans une activité qui sera à terme plus rentable que celles qu’elles maîtrisent aujourd’hui. C’est clairement le thème de la première étude d’ensemble commandée par ING Microfinance Support : « A Billion to Gain ? - A Study on Global Financial Institutions and Microfinance » (février 06). Sinon pourquoi explorer des métiers aussi nouveaux et aussi éloignés ? Or, des filiales de Citi Group, par exemple, sont citées par la National Communities Reinvestment Coalition (NCRC) comme des « préteurs prédateurs » aux États Unis : non seulement ils prêtent peu aux pauvres, mais ils prêtent surtout à des prix et avec des pratiques qui sont à la limite de l’abus… S’il s’agit là de l’avenir des IMF investis par ces banques, il vaut mieux cesser tout de suite de parler de microfinance ! Il s’agit, au mieux, de conquête de nouveaux marchés, et les IMF concernées ne devraient plus bénéficier ni de l’aura, ni des statuts dérogatoires de la microfinance.

Le début d’une prise de conscience

Depuis quelques années ont lieu des efforts dispersés pour définir les principes de base dans la mesure des « performances sociales ». Certains de ces efforts sont appuyés par une minuscule équipe de la Banque mondiale, les autres sont des initiatives d’ONG soutenues par des fondations privées. En mars 2005, le CGAP et les fondations Ford et Argidius ont démarré un groupe de travail qui inclut des représentants des bailleurs et de grandes IMF. La légitimité de ce groupe est fondée clairement sur l’un des « principes - clé » du développement de la microfinance, tels qu’ils ont été énoncés par le CGAP puis adoptés lors de la réunion du G8, en juin 2004 : fournir une « information homogène et comparable en matière de performances financières et de performance sociale ».

Cette initiative a permis de prendre en compte celles qui se développaient de façon autonome auparavant, avec les responsables du programme Im-Pact, Manfred Zeller de l’Université de Göttingen, et le groupe Cerise (Comité d’Echange, de Réflexion et d’Information sur les Systèmes d’Epargne crédit) en France, qui rassemble les quatre principales ONG françaises impliquées dans la microfinance au Sud (CIDR - Centre international de développement et de recherche, GRET - Groupe d'échange et de recherche technologiques, IRAM - Institut de recherches et d'applications des méthodes de développement, et CIRAD - Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Depuis plusieurs années, avec l’aide de la Fondation Charles-Léopold Mayer, Cerise met au point et teste un outil de mesure des performances sociales, après avoir proposé une soixantaine d’indicateurs à une trentaine d’IMF.

Les premières réunions, à l’automne 2005, incluaient des représentants de 23 pays et réseaux régionaux différents. Une courte « déclaration de principe » a été ensuite signée par plus de 30 organisations, dont le CGAP (elle figure en plusieurs langues sur le site de l’ONG Trias, Belgique : http://www.triasngo.be).

La question essentielle traitée dans ce texte très bref est celle de « la transcription de la mission sociale d’une IMF dans la pratique », car les objectifs doivent rester d’« améliorer les conditions de vie des clients pauvres et de leurs familles et étendre la gamme des opportunités ouvertes à leurs communautés ».

Cette insistance à vouloir traiter les « performances sociales » ne se traduit pas dans une volonté de se contenter de « mesurer la valeur sociale des résultats ». Pour servir un nombre grandissant de personnes pauvres, affirme le texte, « le succès en microfinance doit être guidé par le double objectif d'une forte performance financière et d'une forte performance sociale. A long terme, ces deux mesures se renforcent mutuellement ».

Pour ce faire, il faut améliorer la qualité des services offerts : donc tenir compte des besoins et des demandes ; distribuer ces services « à des coûts bas et avec des taux d’intérêt équitables » ; contribuer « à développer des liens sociaux, du capital social au sein des communautés ; contribuer à réduire la vulnérabilité » ; mais aussi « surveiller et agir contre les effets secondaires négatifs de la microfinance, comme le surendettement et la "cavalerie" ou les formes multiples d’endettement ».

Enfin, les performances sociales ne se limitent pas aux impacts. Il faut aussi, affirment les signataires, « améliorer la responsabilité sociale de l’IMF vis à vis de ses employés » aussi bien que de ses clients et des communautés qu’elle dessert.

Cette déclaration de principe a été signée, sous l’impulsion de Bart de Bruyne, de Trias, par les membres du groupe de travail, mais aussi par de grands bailleurs, par des réseaux d’IMF, par les professionnels du rating et de l’évaluation… bref, c’est le début d’une prise de conscience. Peut-on encore appeler microfinance des réalisations qui ne se soucieraient pas de mesurer ainsi leurs responsabilités ? En résumé, peut-on gérer la tension entre les objectifs financiers et les objectifs sociaux d’une IMF, sachant que l’influence de la finance de marché augmente ?

Enfin, au-delà de la sémantique (est-on encore dans la microfinance ? est-on dans une pure activité financière de marché émergente ?), la question principale désormais est celle des priorités stratégiques.

Des nouveaux risques

Le chantier des performances sociales est à peine entamé, que déjà pointent à l’horizon, dans certaines zones, deux nouveaux risques qui dépassent largement la question et devront être traités par les mêmes réseaux militants. Il s’agit de risques systémiques et de risques sociétaux.

Les risques systémiques peuvent être illustrés de façon brutale par un exemple issu d’un phénomène connu de tous. Dans les semaines suivant le Tsunami de décembre 2004, une offre de microfinance s’est manifestée très rapidement dans la zone touchée. C’est sans doute historiquement la première fois que le « réflexe » microfinance a fonctionné aussi vite : l’accord entre bailleurs privés et responsables de l’aide publique a été conclu en se basant sur le fait que les pays de la zone sinistrée avaient besoin de financement en dons pour reconstituer des infrastructures urgentes. La proposition de reconstituer des outils de travail (par exemple les bateaux des pêcheurs) à l’aide de systèmes de prêts a complété aussitôt cette offre.

Un an après, le 18 décembre 2005, paraissait dans le Bangkok Post un long article sur les effets pervers de cette action. En finançant « trop » de bateaux pour la pêche artisanale, les toutes nouvelles institutions de microfinance ont gravement perturbé les fragiles équilibres des marchés locaux. Avant, explique un responsable local, les pêcheurs artisanaux luttaient ensemble pour faire respecter leurs zones de pêche, c'est à dire pour repousser le plus loin possible les gros bateaux de la pêche industrielle. Maintenant, ils doivent à la fois se battre contre les gros bateaux et entre eux, puisque les petits bateaux sont devenus trop nombreux par rapport aux ressources. Comme les pêcheurs se sont endettés pour acheter de nouveaux bateaux, il faut à tout prix qu’ils pêchent pour rembourser. Y compris au péril d’épuiser les ressources en poissons, et donc en risquant de provoquer une crise systémique, et des dégâts sociaux considérables.

Les risques sociétaux, de leur côté, consistent dans la pratique des pouvoirs publics à transférer une part grandissante de l’endettement du pays vers les ménages, y compris les plus pauvres. Et le phénomène s’observe dans les pays riches comme dans les pays pauvres. La Banque des règlements internationaux (BRI) et l’OCDE commencent à s’inquiéter du niveau d’endettement des ménages dans de nombreux pays développés, Grande Bretagne et États Unis en tête. Or, la sécurisation de cet endettement ne repose que sur l’anticipation de revenus futurs. Si survient une crise conjoncturelle, avec une hausse importante du chômage, de très nombreux ménages peuvent sombrer en quelques mois dans le surendettement et par conséquent subir des catastrophes familiales démesurées par rapport à l’enjeu réel. Alors que l’État, même endetté, a la possibilité d’étaler dans le temps sa dette et de passer ainsi la mauvaise période.

Cette hypothèse, ce déport progressif, est observé dans de nombreux pays. Si de grandes « IMF bancaires » y contribuent, elles risquent, en cas de crise, de participer aussi à l’insolvabilité des plus pauvres au sein de la société. Ce qui serait contraire à toute l’histoire humaniste de la microfinance.

lundi 25 septembre 2006

Oui, les US sont un modèle pour nous pour le traitement des problèmes d'exclusion sociale

Au moment ou Sarko engeule les juges et ou l'opinion publique le suit, je tombe par hasard sur ce si joli crobard

Et ceci alors que le nombre de meurtres aux US est 5 fois plus élevé que celui des pays paisibles d'Europe (Allemagne, pays nordiques...)

En gros, 2,3% des adultes hommes sont constamment en prison aux US...

mercredi 14 juin 2006

"44% des adhérents actifs, c’est-à-dire exerçant une activité professionnelle, travaillent dans la fonction publique". C'est le PS moderne.

Affligeant résultat de la campagne de recrutement du PS ! ... les nouveaux adhérents sont plus jeunes, plus urbains, etc ; mais horriblement plus diplômés et atrocement fonctionnaires !

Donc c'est raté d'avance pour la modernisation du programme. Comment veux-tu que des gens comme ça aient la moindre conception sensée du fonctionnement de l'économie --je veux dire : des entreprises.

Comment esperer un seul instant que la partie du programme qui s'adresse aux braves travailleurs de base reflète leurs soucis ?

Ya presque de quoi devenir d'accord avec la droite (presque) hyper libérale, genre Salanié... Qui pourtant n'est pas tout à fait un idélogue pur sucre !

blues & blues

samedi 10 juin 2006

L'économiste, autiste qui s'ignore

Pas la peine de se fatiguer : les économistes, mêmes regorgeant de modestie, balancent souvent des stupidités en fonction d'un préalable qui leur colle à la cervelle ; c'est le fameux "toutes choses égales d'ailleurs". Alors que la dure réalité nous apprend que toutes les choses ne sont jamais égales par ailleurs. C'est leur autisme à eux.

D'ou l'intérêt d'inserer des perturbateurs que sont les psychologues dans leur schéma. D'ou aussi l'intérêt de créer de l'économie expériementale. C'est le supplément de Libération d'aujourd'hui qui me fait sourire : c'est la première fois que je lis dans la presse grand public quelques pages rigolotes sur le sujet.

A mon avis, c'est d'ailleurs la seule innovation intéressante dans la science économique dans ces dernières décennies. Après les post-marxistes, après les mathématiciens(syndrôme LTCM), enfin les psychologues.

Chic alors, l'homo oeconomicus, le rationnel qui ne pense qu'à son intérêt propre, n'existe pas. Je n'ai jamais fait de science économique, mais je le savais. Etonnant, non ?

mercredi 7 juin 2006

Endettez vous, suite (encore un truc pour etre désagréable et me faire remarquer)

Après voir grinché sur l'imbécillité économiste, j'ai déniche un nouveau tableau que je trouve spectaculaire. Le voilà.

dimanche 30 avril 2006

Des banquiers "transparents" ? on rêve !

Voilà ce que nous a montré la patron du NCRC (national community reinvestiment coalition) : chaque nuance de vert montre les zones dans lesquelles vivent des riches, les moyennement riches et les pauvres. Et chaque point noir, c'est un pret fait à cette adresse par une banque. Ce qui répond à la question : les banques servent-elles les pauvres, comme la loi les y oblige, ou non ?

Mais c'est aux Etats Unis. On rêve d'une législation de ce genre en Europe...

Europe vieillotte : on congressait dans une salle Art Nouveau. Et l'orchestre devait dater de la construction de la salle

Et en plus, les organisateurs n'avaient pas vu Le cauchemar de Darwin !

samedi 22 avril 2006

envie, passage à l'acte : statistiques rigolotes

Quelqu'un peut m'expliquer ça ? Plus ils créent d'entreprises, les français, moins ils ont envie de créer des entreprises.

ya un truc qui m'échappe.

(l'argument concrétisation me paraissant un peu lège)

mercredi 19 avril 2006

Kozlika, tu te souviens du bazar que j'avais mis chez toi avec mon petit cochon rose - orangé ? J'ai mieux !

(Sans faire exprès, avais-je oublié de préciser) (je n'ai toujours pas compris comment autant de blogueurs arrivaient à se prendre le chou sur un brave flyer sur l'épargne solidaire ? ? ) (et chez Koz ! Une palanquée de commentaires ! même pas chez moi ! C'est le plus drôle de l'hisoire ! )

Bon. J'ai mieux. Plus technique. Carrément sophistiqué.

Je vous la fais très brève. Ya, allez, 900 000 surendettés en France aujourd'hui. 160 000 de plus dans l'année. Ya un projet de directive européenne sur le crédit. C'est le crédit anglo-saxon : tout le monde peut prêter à n'importe qui et à n'importe quel prix. Si ça passe, on se tape, en France, 3 fois plus de surendettés dans les 2 ans, je prends les paris.

Que faut-il faire ? protéger les gens malgré eux ? cogner les prêteurs ?

ON en cause fin Avril

mercredi 12 avril 2006

ceci n'est pas un papier, c'est juste une citation que je me la mets sous le coude

la voilà. je vais finir par faire un papier sur CPE et tout le bazar. C'est vrai, quoi. 3 mois après, il serait temps de se réveiller, mon gars. Ca vient de L'Entreprise.com

« Devant les conseils prud’hommes, la demande type est celle d’un salarié ordinaire dont le contrat de travail a été rompu pour motif personnel et qui en conteste le bien-fondé ». Telle est la conclusion d'une enquête du ministère de la Justice sur le contentieux du droit du travail de 1993 à 2004. Le tableau est effrayant pour les employeurs. Alors que l’activité prud’homale se rétracte de 7,3 % en dix ans, la courbe des litiges pour contestation des motifs de licenciement suit le mouvement inverse. En 2004, 25,8 % des salariés ayant fait l’objet d’un licenciement pour motif personnel a saisi le conseil de prud’hommes, soit dix fois plus que pour les licenciés économiques. Les demandes se sont « durcies », d’après l’enquête : « celles qui visent à contester le motif de cette rupture sont désormais quatre fois plus fréquentes que les demandes qui s’attachent aux conséquences de la rupture (NDLR : par exemple, indemnités de licenciement et durée du préavis). Alors qu’en 1990, ces deux catégories de demande étaient en nombre presque égal. »

Des salariés bien conseillés

Mis à part les procédures en référé, où plus de la moitié des demandeurs viennent seuls (51,4 %), les salariés sont bien entourés lorsqu’ils attaquent leur employeur. « La plupart sont assistés par des avocats (58,1 %) et les délégués syndicaux (21,7 %) », précise le rapport. La catégorie de salariés la mieux soutenue est celle des cadres. Ces derniers sont accompagnés dans 87,6 % des cas, dont neuf fois sur dix par des avocats. « Le niveau des rémunérations y est (…) plus élevé, permettant aux demandeurs d’assurer le coût d’une telle défense ».

Des procédures à rallonge qui durent plus de deux ans

Dans 64,5 % des cas, les demandeurs, en majorité salariés, obtiennent un résultat plutôt positif à l’issue de la procédure. Soit parce que le juges ont tranché en leur faveur, soit parce qu’il y a eu accord des parties. L’appel tend à devenir la règle : « 63,8 % des décisions rendues au fond en premier ressort par les prud’hommes en 2002 ont fait l’objet d’un appel », explique le rapport. Pour les décisions portant sur la contestation de motifs de la rupture, 70 % d’entre elles font l’objet d’un tel recours. Pas étonnant dans ce cas que les procédures durent souvent plus de deux ans. En moyenne, il s’écoule « 32,9 mois entre la saisine du conseil de prud’hommes et la décision de la cour d’appel ». Si aucune des parties ne fait appel, ce délai tombe à 13,6 mois.

dimanche 26 mars 2006

Les jeunes, c'est la variable d'ajustement

Ca tombe bien, je retrouve ce shéma qui figure dans un article de mon idole Denis Clerc, le mec le plus crédible que je connaisse parmi les journalistes éco.

il commentait un bouquin récent de Fondeur de l'IRES (et je ne sais plus qui) sur l'emploi (damned, j'ai égaré la référence !)

C'est spectaculaire. Quand le PIB s'essoufle très très légèrement, on vire de grandes masses de salariés ; et parmi eux les jeunes en priorité.

Les vieux riches étranglent les jeunes pauvres - explications rapides

Mon premier billet sur ce thème a provoqué de l'incompréhension. Voilà une explication rapide. Je ne conteste pas qu'il y ait des "vieux pauvres" ; et d'ailleurs il me semble que les inégalités au sein de la classe d'âge (en gros : des baby boomers aux "vieux-vieux") ont plutôt empiré ces dernières années.

Tout ce que je dis, c'est que ces inégalités-là ne sont pas grand chose par rapport aux écarts entre les classes d'âge. En d'autres termes, les vieux ont orienté à leur profit les transferts sociaux pendant les décennies de prospérité ; de telle façon qu'aujourd'hui les jeunes sont, pour l'ensemble de leur génération, plus pauvres, relativement, que ne l'étaient leurs parents au même âge. Et ont peu de perspectives, encore une fois globalement et pour leur classe d'âge, d'ascension sociale.

On peut estimer que Marseille est un vieil anar de droite et que le jeune Chauvel (sociologue qui publie sur ce thème depuis des années) est un zozo obsédé par son sujet. mais les "gros chiffres" qu'ils citent sont les bons, et sont peu contestables...

Je profite de l'actu pour les 2 citations qui suivent :

Sur les vieux riches Jacques Marseille (en gras souligné par moi) :

"Pour la première fois, les Français pensent que leurs enfants vivront moins bien qu'eux. Ces enfants vont devoir financer la retraite et la santé de leurs parents, leur propre retraite, et rembourser la dette publique, qui ne cesse de grossir. Un système de répartition où l'on vit trente ans après son départ en retraite, cela ne peut pas fonctionner sans réelle remise en question. J'ai ainsi calculé qu'avec mon espérance de vie je toucherai plus en retraite que l'ensemble de mes revenus d'activité ! Aux frais, bien évidemment, de la génération suivante, qui devra supporter ce poids. Le service de la dette représente l'équivalent de l'impôt sur le revenu".

c'est tiré d'un long entretien dans Le Monde daté du 25 0306

(évidemment il est fonctionnaire !)

Et Louis Chauvel :

"Depuis vingt ans, les jeunes ont servi de variable d'ajustement. Le chômage dans les deux ans qui suivent la fin des études oscille entre 20 % et 33 %. En cas de ralentissement, on stoppe le recrutement, puis on licencie les derniers embauchés. Les jeunes se retrouvent avec des vides sur leurs CV que n'ont jamais connus leurs aînés. La France les a sacrifiés depuis vingt ans pour conserver son modèle social, qui profite essentiellement aux baby-boomers.

et aussi :

"Toutefois, en 1977, les quinquagénaires gagnaient 15 % de plus que les trentenaires. En 2000, l'écart atteignait 40 %. Les quinquagénaires, qui ont fait carrière souvent au détriment de nouvelles générations non embauchées ou mal payées, ont très peur : en cas de licenciement, leur espoir de retrouver un emploi au même salaire serait très limité. Le système tient par l'espoir des jeunes de rattraper un jour le salaire des seniors. C'est un marché de dupes, une promesse qui n'engage pas ceux qui la formulent : ils ne seront plus là dans dix ans

Et pour répeter ce que je disais quelques jours plus tôt sur l'échec de 1995 :

"Mais je doute qu'il soit possible de renégocier les retraites des seniors et les salaires des quinquas. Il n'empêche qu'un retournement est inscrit, demain ou dans quinze ans. Plus il sera tardif, plus il sera violent.

Car de fait, la non-négociation, la non-acceptation d'un "effort" partagé par tous donne toujours les mêmes vainqueurs : les groupes sociaux qui ont des positions de pouvoir (des capacités de chantage politique) au sein de la société. Voyez qui je veux dire ?

La non-réforme des régimes spéciaux de retraite en 1995 a donné une réforme larvée et beaucoup plus injuste. la non-réforme de la protection sociale idem. la non-réforme du contrat de travail va aboutir à ce que ça pête.

(l'entretien avec Marseille porte sur "la France impossible à réformer" : qui ne bouge "que par ruptures"...)

lundi 20 mars 2006

la révolte des riches contre les pauvres aboutit à la victoire

J'ai retrouvé ces vieilles prédictions d'Alvin Toffler qui datent du début des années 90. Pour lui, l’an 2 000 devait être l’âge de «la révolte des riches contre les pauvres» Il oubliait de préciser à quel point les vieux étaient les riches, et les jeunes étaient les pauvres.

retrouvé cet interview d’Alvin Toffler dans L’Espresso, cité par Courrier international N° 203 du 22 sept 94. titre de son livre : War and Anti War : survival at the dawn of 21st Century

dimanche 19 mars 2006

"les jeunes ont mille fois raison de se révolter" on dirait du Rimbaud

C'est de qui ? Thibault? Chérèque? Juillard ?

Bin non, c'est Le Boucher, le chroniquer hyper libéral du Monde (daté du 19 - 20).

Non, il n'a pas perdu la boule. C'est la chute de son papier ; mais avant, c'est un plaidoyer pour un meilleur CPE, mieux accompagné.

Damned, mes repères tremblent sur leurs bases : je ne suis pas loin loin loin d'être presque d'accord avec son analyse...

jeudi 9 mars 2006

Qui va nous faire un Lala français ? Qui échange les CD d'occase... et rémunère en plus les artistes !

C'est là, et c'est un pied de nez superbe à la DADVSI !

jeudi 23 février 2006

Chère Kozlika, les Zavantages avantagent ceux qui ont la puissance et la sécurité nécessaires à la négo. (Je ne dis rien de plus : je ne dis pas qu'il faut les dépouiller!)

J'avais déjà agacé Kozlika avec ce billet sur seuls les salariés en sécurité bénéficient réellement des Zavantages Zosiaux. Allez je t'en remets une couche avec un détail du rapport de la Cour des Comptes, tel qu'il est relaté dans Libération de ce matin.

C'est à propos des chèques vacances. ils étaient faits pour le pauvres. Hé bé, ils bénéficient avant tout aux moynnement pas très riches.

Autre dispositif social détourné de son objectif, le chèque vacances. Lancé en 1982 par un gouvernement de gauche nourri des valeurs du Front populaire, il était censé permettre aux plus démunis de s'offrir des congés payés, tout en développant le tourisme social. Vingt ans après, force est de constater que le chèque vacances profite surtout aux fonctionnaires, employés et cadres moyens. Le revenu mensuel moyen des utilisateurs est de 2 240 euros. Plus de 16 % d'entre eux gagnent plus de 3 000 euros, et seulement 3 % moins de 1 000 euros. Et pour couronner le tout, l'organisme public qui gère les chèques vacances a découvert en 2004 que ses propres agents se servaient dans la caisse grâce à un système bien organisé «de détournements, falsifications et vols perpétrés en interne».

Je te signale que l'on peut faire la même analyse pour les chèques déjeuner (ils ne bénéficient ni aux exclus, ni aux travaillerus pauvres, ni, en majorité, aux salariés des micro entreprises, moins payés qu'ailleurs par définition) ; pour les comités d'entreprises, évidemment ; pour, pour, pour, ... j'ai encore quelques exemples sous le coude !

mardi 31 janvier 2006

Vive l'Europe auto-bloquante !

Et voilà ! les polonais conservateurs et cons refusent la TVA réduite : au delà de l'anecdote, c'est la règel de l'unanimité, la plus perverse de la démocratie, qui commence déjà à produire ses merveilleux effets. Qui a dit qu'il fallait "approfondir l'Europe" avant de l'élargir ?

mardi 17 janvier 2006

"Denis Olivennes a été comme à son habitude : donneur de leçons alors que son site est l’un des plus mauvais sur le web. Il n’y a même pas de flux RSS !"

Vous avez vu le beau titre, ci dessus ? C'est un emprunt à Tariq Krim.

c'est dans son CR de la réu DADVSI avec le Sarko qu'il aime les blogueurs et toussa.

Très beau CR d'ailleurs !.

dimanche 15 janvier 2006

Vive le "Dakar - Paris".

Un édito qui a de l'allure, dans l'excellent magazine en ligne Terra Economica.

et un petit texte sur le site qui explique pourquoi j'aime les journaux payants :

"Et puis, n’oubliez pas...

...Les journalistes de Terra Economica vivent de leur travail. Si vous nous appréciez, merci de vous abonner, pour soutenir le travail d’une rédaction jeune, indépendante et enthousiaste, qui se décarcasse pour vous raconter le monde comme aucun autre journal ne le fait".

lundi 26 décembre 2005

trop d'aide déglingue l'aide - en écho à la Une de Libération de ce matin

En Thaïlande, on célèbre depuis plusieures semaines un sinistre anniversaire, celui du Tsunami du 26 décembre dernier. Bonne occasion pour travailler sur les impacts de l'aide, qui a été considérable. C'est ce que fait le Bangkok Post ("The newspaper you can trust")

Le 18 décembre, il publiait un papier assez impressionnant. En gros, trop d'aide mal répartie provoque des effets pervers immédiats : voir le sort de la pêche artisanale. En "donnant" trop de bateaux, c'est à dire plus qu'il n'y en avait auparavant, vous épuisez la ressource.

Et, craint un responsable local, avant, les pecheurs artisanaux luttaient ensemble pour faire respecter leurs zones de pêche, c'est à dire pour repousser les gros bateaux de la pêche industrielle le plus loin possible. Maintenant, il faudrait à la fois se battre contre les gros, et entre nous, puisque les petits bateaux sont trop nombreux. Dans un second papier, le Post montre que le gouvernement est un peu débordé par le nombre d'organisations qui veulent à tout prix faire du bien à leur pays.

Ne vous méprenez pas : mon propos n'est ni ironique, ni pessimiste. Je suis juste légèrement sidéré par l'influence de la médiatisation (et non des médias), y compris sur les causes à défendre. Le Tsunami, sauf votre respect, avait toutes les qualités : drame au pays du bonheur ensoleillé, connu d'une bonne part du grand public occidental ; mauvais sort qui ne peut donner lieu à aucune polémique (contrairement à un conflit, dans le quel les mauvais ne sont pas si mauvais et les bons ne seraient pas blanc-bleu) ; inéluctablité, y compris pour les riches : je veux dire les pauvres y sont passés, mais aussi le fils de ma voisine qui n'avait rien fait à personne ; et, cerise sur le gâteau, ça vous tombe le jour ou vous ressentez ce léger ecoeurement des lendemains de foie gras. Un drame un 26 décembre : même la pire agance de pub n'aurait pas osé.

Bon, bin un an après, on en est à hésiter entre lenteurs bureaucratiques et effets pervers des coups de bourre médiatiques. C'est dans cette hésitation -entre les deux- que se tient sans doute le bon sens et l'efficacité. Mais c'est dur à vendre.

Je pense à cet égard que le diagnostic auquel parvient l'éditorialiste de Libé est complètement idiot. Appeler à la "régulation démocratique" des ONG, du moins celles qui interviennent en Asie du Sud, est un voeux stupidement pieux, me semble t il.

mardi 6 décembre 2005

voilà les preuves qui sortent, peu à peu

Ce n'est pas vraiment nouveau pour ceux / celles qui s'intéressent au sujet, mais c'est important de le répeter, et de montrer les preuves. Ci dessous un communiqué Commission Droits de la femme du Parlement européen

Droit de la femme

La commission des Droits de la femme et de l'Égalité des genres du Parlement s'est prononcée en faveur de mesures communautaires destinées à sanctionner plus sévèrement les actes de violence envers les femmes. Des études de prévalence menées à grande échelle en Suède, en Allemagne et en Finlande montrent qu'au moins 30 à 35% des femmes âgées de 16 à 67 ans ont à un moment ou un autre été victimes d'un acte de violence physique ou sexuel. Des enquêtes révèlent en outre que de 60 à 90% des femmes prostituées ont, dès leur enfance ou ultérieurement, fait l'objet d'agressions sexuelles.

vendredi 2 décembre 2005

Décroître (je suis extrèmement flatté d'avoir une lectrice pour mon dernier billet, ça me permet de devenir vaniteux)

Avant de le devenir, je vous renvoie vers un très bon papier de La Vita Nuda ici. que cite ma lectrice,

et ensuite je vous refourgue cette chronique que j'avais faite pour Le Monde Initiative en 2003. Elle est écrite plus prudente que pour un blog, mais elle marche encore, me semble-t-il (la vanité me perdra).

Décroître. C’est un sujet dont on parle cet été, notamment à l’Université qu’organi