Faire le Bartabas juste pour leur montrer qui ils sont
Par Yves Duel, mercredi 16 janvier 2008 à 08:05 :: -THE !- crétin du jour :: #570 :: rss
Engueuler Bartabas. Frissonner d’horreur bien élevée devant le malpoli, qui casse tout dans le bureau du fonctionnaire, et qui a l’aplomb de demander ensuite des excuses à la ministre. Tout le monde s’y colle, en dernier, hier, le chroniqueur du Monde, Laurent Greilsamer, un peu tardif. Ça a du le titiller, le chroniqueur bien élevé, ce grossier personnage, pour qu’il revienne 10 jours après sur la grosse colère de l’artiste. Sans commentaire, d’ailleurs. Je vous laisse juge, lecteurs du Monde si bien élevés : pouvez vous imaginer ce dresseur de chevaux casser tout chez ces si honorables hauts fonctionnaires ?
Hé bien mon pote, moi, je n’ai aucune peine à imaginer. Et j’adore. Non pas comme le gros plouc qui se croit vengé devant les puissants ; plus subtil : comme le citoyen qui en a marre que les serviteurs de l’État omnipotent fassent comme toujours, comme d’habitude, comme si de rien n’était, et qu’ils n’en subissent jamais les conséquences. Mon pauvre monsieur, c’est pas moi qui vous a sucré vos subventions, c’est l’État. Ah bon ? Et à qui je casse la gueule, alors ? Sympa : il n’a cassé la gueule à personne ; juste 3 chaises et 2 radiateurs. Pour dire que l’artiste en colère garde la mesure.
Car sur le fond, il a raison. Je ne suis pas artiste, mais j’ai bossé des années avec des assoces à qui l’État demande de faire du social dans différents domaines. OK, disent les assoces. Mais « nos clients » n’ont pas les moyens, donc tu payes. OK, dit l’État, pas de soucis, t’auras ton fric. C’est un contrat. Un contrat, c’est quand chacune des parties tient son engagement. L’État, tout fiérot de se moderniser, dit : on est « Partenaires ». D’ailleurs on signe des « Conventions de Partenariat ». Donc idéalement, l’État paye, les assoces bossent, et on mesure leurs résultats. Mais souvent l’État ne paye pas. Pire, l’État dit en cours d’année : mon ministre Solidaire t’avait promis 100 balles, mais mon ministre Pognon, il a dit non. Et c’est lui qui gagne (c’est toujours le ministre Pognon qui gagne. Aujourd’hui il s’appelle Woerth, et il vient de faire le coup habituel : d’où l’incident Bartabas. Première semonce). Les assoces ont déjà dépensé du fric, ont lancé des actions, ont programmé des trucs ; et la nouvelle tombe : ya un « Gel Budgétaire ». Donc c’est pour vos pieds, les gars. Démerdez-vous avec le banquier qui vous a avancé l’argent pour lancer les actions. (Tu vas rire, amie lectrice : devine sur qui tombent en général les Gels Budgétaires ? sur les industries d’armement ? sur les buralistes restaurateurs électeurs qui font peur ? sur les agro-business grandeur de la France à l’export ? ou sur les assoces qui font du social ? Allez, c’est une devinette !)
Mais l’État, c’est loin ; Eric Woerth, ministre du Budget, il est dans son grand bureau entouré d’énarques énamourés. Il a d’obscurs serviteurs, paisibles fonctionnaires bien embêtés d’avoir à annoncer des mauvaises nouvelles à leurs « Partenaires », mais qui n’en dormiront pas plus mal. Et qui, eux, ne connaitront jamais l’angoisse de créer des trucs dans l’incertitude. Hé bien, je soutiens que c’est une excellente thérapie d’aller de temps à autres leur expliquer qui ils sont, et qui ils servent. D’aller les secouer un peu pour qu’ils prennent conscience que lever les bras au ciel j-y-peux-rien-ah-la-la ne leur autorise pas une fausse connivence avec leurs victimes, sur l’air du : mon pauv’ monsieur. Que eux aussi, ils peuvent prendre des risques et aller plaider auprès des Woerth et consorts que c’est plus important de tenir ses engagements que de foutre des assoces dans une merde noire, sans compter les clients des assoces.
J’ai connu dix fois les discours martiaux des ministres en campagne, les promesses, avec moi zallez voir ça. Va voir dans les banlieues : il ne s’est rien passé depuis fin 2005. Les budgets, que dalle, perdus dans les sables de l’administration. Aligner les services publics sur le minimum vital : que dalle. J’ai connu les Eden, l’aide aux chômeurs créateurs : elle a changé 3 fois en 4 ans, grâce à des petits marquis de l’ENA qui n’ont jamais vu un créateur d’entreprise. Va comprendre. Le chéquier conseil, pour payer des conseils à des jeunes qui en ont bien besoin pour démarrer : 4 mois après le début de l’année, yen a plus. N’essaye même pas d’en obtenir. Les postes d’insertion ? même régime.
Donc qu’un artiste s’arrête au fait brut (ils m’ont promis ça, ils ne tiennent pas leurs promesses ; c’est déloyal, je cogne) me parait un truc rafraichissant et équitable. Lui, il a les moyens et l’orgueil. Mes potes des assoces, ils s’écrasent, sinon c’est encore pire pour eux l’année suivante. Eux, ils sont vengés par cette grande gueule de Bartabas, même s’ils ne l’avoueront pas comme ça. Lui, il en rajoute (je veux des excuses de la ministre) parce qu’il a le nombril dilaté des artistes. Mais le résultat est très sain. Arrêtez-vous, chers fonctionnaires à la désespérante bonne foi, le cœur sur la main, de singer les « Contrats » et les « Partenariats » dont vous vous gargarisez. Et réfléchissez : qui servez vous? et à quoi servez vous ? à la solidarité ? mon œil ! les politiques sociales – solidaires en France sont tellement vermoulues que nos résultats sont pires que ceux de certains pays beaucoup plus libéraux. A la cohésion sociale ? dans ce cas, allez bosser en banlieue : allez faire du service public là ou on en a réellement besoin !
Bravo, Bartabas ! Dommage que seul un artiste ose éduquer un peu les serviteurs de l’État.
Mà J : Michel Onfray se réjouit également dans Libération --pas tout à fait sur les bases que moi ; plutôt sur "la révérence" qui serait dûe à l'Artiste mondialement connu... Bof !
Commentaires
1. Le mercredi 16 janvier 2008 à 10:04, par planeth
2. Le mercredi 16 janvier 2008 à 10:37, par Yves Duel
3. Le mercredi 16 janvier 2008 à 14:34, par François Granger
4. Le jeudi 17 janvier 2008 à 21:50, par Anne
5. Le samedi 19 janvier 2008 à 17:17, par edgar
6. Le mercredi 23 janvier 2008 à 16:15, par gilda
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