Voilà letestament dans Le Monde d'hier de Jean-Louis Bourlanges, le grand Bourlanges qui aura passé 18 ans au Parlement européen . Testament politique, bien sûr. Je me demande ce qu'un babyboomer comme lui retiendra d'une carrière politique de pythie frustrée? Il est immensément cultivé, plutôt dans le genre littéraire (il avait passé l'agreg de littérature, avant d'intégrer Sciences Po) ; et il aura passé sa vie à avertir ses copains de droite qu'ils faisaient des conneries. Et arrivé à la soixantaine bien tapée, qu'en reste-t-il ?

Bourlanges, nous étions une bande à l'admirer : il a été secrétaire général des jeunes gaullistes, avant de se faire dégommer par plus cruel que lui. Il déjeunait quand il voulait avec Malraux, qu'il imitait avec un talent à se rouler par terre (contrairement aux imitateurs d'aujourd'hui, lui, il avait le texte, le vrai !). Puis il a passé sa vie à tenter d'être au centre, à l'extrème centre, celui qui pense fort et loin ; mais ne prend jamais les moyens de ses ambitions..... Et se réfugie dans les vachardises raffinées !

Citation dans Le Monde d'aujourd'hui :

Jean-Louis Bourlanges s'est éloigné de M. Bayrou après l'élection présidentielle, jugeant son projet "irréaliste". Membre du comité Balladur sur les institutions, il a qualifié M. Bayrou de "Mephisto". "Mephisto est un personnage grandiose, c'est l'esprit qui nie tout. Bayrou a beaucoup de talent, mais c'est une formule 1 qui court après une chimère. Il ne peut pas supporter que quelqu'un d'autre existe en dehors de lui et, du coup, s'enferme dans un comportement sectaire. Il n'y a que lui qui existe. Cela en devient presque puéril. Tous ceux qui l'ont quitté, après l'avoir beaucoup aimé, sont soulagés. C'est un calculateur, qui analyse très bien les ressorts des gens et de la société, mais égaré par son égotisme. C'est le capitaine Achab de la vie politique française, qui court après Moby Dick et qui entraîne son équipage tout entier vers la mort."

Je me demande s'il relit aujourd'hui ce texte admirable que sa femme, que j'adorais, m'avait fait découvrir : l'Abbé de Bernis écrivant, juste avant la Révolution : "j'ai le sentiment de gouverner le royaume des limbes"