Je n’ai pas de mot. C’est rare. Mais c’est ainsi. Ma colère est au-delà des mots, et je sens que je vais la hurler. Que peut on faire d'ailleurs au delà des mots ? Bredouiller, hurler, grogner, grognasser, gronder --pire : chanter peut être ?

Tiens, marrant, il faudrait que je lui chante à la gueule pour qu'il comprenne enfin ce dont il s'agit. Pour une fois, ne pas rester stupéfait, stupide devant tant de mauvaise foi. (Je me reproche tellement souvent de rester coi ; interdit devant tant d'aplomb).

Puis il a dû comprendre, je suppose, en voyant mon visage qui devait devenir violet de fureur. Et il a lâché ma main. "Je vous félicite". Pauvre con. Tu ferais mieux de te regarder, toi le Sarkochien tout neuf. Demander aux gens leurs papiers avant de les accueillir dans nos foyers d'urgence?. Si je n'ai pas pu loger cette femme et ses deux enfants, c'est juste parce que je n'avais plus de places et que je sais qu'il y en a chez nos voisins d'Emmaüs. Pas parce que j'anticipais les règles nouvelles de la France monocolore. Sale mec.

Et c'est sorti, j'ai commencé par un murmure, proche du grognement de la colère, juste pour commencer à décompresser. Et ils ont repris derrière moi. Et la Marseillaise est devenue, sur l'avenue, le chant d'accueil de ces quelques familles étrangères. Toute la rue s'y est mise. Un chant d'escorte, un chant d'accueil. Nous sommes allés ensemble les accompagner jusqu'au foyer. Il est resté tout seul, dans la nuit qui tombait. Piteux député "du peuple". Haineux au fond. Et moi, et nous en colère. Pour longtemps.

c'était ma participation au jeu jeu jeu des sorcières et Cie, et ce n'était pas, pour ce soir, tout à fait un jeu !