La citation est de Sihem Habchi, portrait en dernière page, à propos de la première fois ou elle avait entendu Fadela Amara. Elle pourrait s'appliquer, je suppose, à Florence Aubenas. La grande, la magnifique Aubenas, on en parle quelques pages avant. Il s'agit d'un article de Philippe Lançon sur un petit bouquin écrit à partir de la fameuse conférence de presse de Florence Aubenas à son arrivée en France, de retour de 5 mois de captivité en Irak.

Je ne lirai sans doute pas ce bouquin ; l'article de Lançon me suffit pour retrouver ce qui avait fait mon admiration à l'époque. Aubenas souriait, racontait, répondait aux questions ; mais tout était dans le ton. Ironique, réservé. Elle racontait, mais comme une farce. Sinistre, mais une farce. Pas d'emphase, infiniment plus que de la pudeur : elle tenait en respect (j'adore cette expression : "tenir en respect" !) et les journalistes, et, je suppose, ses propres cauchemars. Lançon chroniquant le livre de Bégaudeau rappelle qu'on le lui a reproché. Elle aurait dû, je ne sais pas, sangloter, décrire les conditions "atroces", laisser deviner les horreurs, peut être une larme ou deux (involontaires, discrètement essuyées) auraient été bienvenues.

Lançon : "la libération de Florence Aubenas devient une métaphore de la libération de l'Histoire par les femmes". On n'imagine pas un homme capable de ça. Même si, écrit comme ça, c'est un peu court.

Mon autre souvenir à propos d'Aubenas, c'est son audition par la commission parlementaire sur Outreau. Car elle avait repris aussitôt le boulot, comme si de rien n'était, et avait été entendue parce que c'était elle qui avait repris le suivi de l'affaire, après la correspondante de Libération dans le Nord.

Je me rappelle cette seconde admirable leçon de journalisme. Je l'avais résumée trop vite, mais c'était ça, mon idée. On devient un héros (en loccurence : une héroïne) grâce à soi et aux circonstances, les deux indissociables. La fermeté personnelle ne suffit pas ; mais elle devient l'ingrédient efficace, soutenue par une morale, des règles, une idée claire et sobre de son devoir. OUi, il s'agit de devoir.

Tiens au passage, voilà une contribution au débat enchoseur de mouches sur le journalisme citoyen. A mon avis, oui, les citoyens sont capables de contribuer à l'information ; et il faut développer et respecter cette désintermédiation. Mais leur contribution en restera à l'écume des choses. Il faut des Aubenas, des Haydée Sebeyran pour que le journalisme garde sa fonction essentielle : chercher la vérité, s'en approcher et dire.

PS : Lançon ne pense qu'à ça : c'est lui également qui chronique le livre de Yasmina Reza sur Sarko, dans le même Libé. Reza, dit il, "est l'écrivain qu'il fallait à ce président-là : sèche, "burnée", teigneuse...". Bof pour l'adjectif : voilà qui ne s'appliquerait pas à l'admirable Aubenas.

PPS : j'ai mis des C*** dans le titre non par pudeur, mais pour éviter que des robots viennent me faire ch*** sur mon blog... Je ne sais pas si ça suffit, c'est une précaution élémentaire ?