Je l’aimais depuis longtemps, "la Bretèche", comme disent ses copines bien que ne l’ayant croisée qu’une seule fois, et encore de loin, parce qu’elle était très très belle : dans le genre allurée, voyez vous, presque pince sans rire. Je l’aimais aussi pour sa méchanceté : raffinée, bien sûr, toute en douceur et en pattes de velours ; mais quand même on ne pouvait pas se tromper. C’est bien de la méchanceté qu’il y avait dans Docteur Ventouse, bobologue, ou dans Les frustrés, ou même dans Agrippine parce que j’ai eu le modèle à la maison. Et enfin la 3ème raison est qu’elle avait répondu un jour à l’une de ces enquêtes stupides sur « quel est votre bouquin préféré ? » (je me rappelle que c’était « La Rage de lire » et que j’avais lu ça dans le métro) : elle avait répondu « L’extravagante Mademoiselle Troll ».

Ah, ce si beau roman d’amour et d’aventure (avec une importante digression de nature toute personnelle, mais qui s’insère admirablement dans l’action et la corrobore). Dès lors, je me suis dit que j’aimais Claire Brétecher définitivement. Même si c’était sans retour.