Le livre de Virginie Despentes se lit en une heure et je ne peux être qu’admiratif devant l’effort qui consiste à donner avec des phrases simples, des pensées fortes et claires, des raisonnements imparables, un état du féminisme d’aujourd’hui. A travers, bien sûr, une autobio qui n’est pas banale : mais en la mettant au service d’une cause.

On peut évidemment lui répondre que son autobio explique (au moins en partie) ses positions théoriques et politiques, mais elle récuserait je suppose l’explication. On peut aussi rester réticent sur cette fraction du féminisme (la biblio à la fin du livre est impressionnante) qui exige avant tout la liberté pour les travailleuses du sexe : donc la protection de la loi --même si la loi est celle, dominante, des mecs. Je ne suis pas certain que la condition majoritaire des travailleuses en question soit aussi nettement contractuelle qu’elle semble le dire… J’ai le droit d’être une travailleuse du sexe ; c’est ma liberté ; ou du moins ce n’est pas une pire dépendance que la condition du prolétaire dans le bon gros système d’exploitation capitaliste (j’interprète).

On peut surtout, et j’en suis mal à l’aise pour moi même, se demander s’il existe des exceptions au machisme qui, pour elle, imprègne tout : tous les rapports hommes femmes, rapports de pouvoir et donc rapports de soumission. J’ai tellement, pour ce qui concerne ma vie personnelle et sociale, l’impression que « ce n’est plus un problème » que je dois, je suppose, faire partie d’une minorité. Infime minorité qui prétend que l’on peut avoir avec une femme (ou un homme) que l’on aime des rapports d’égalité, de séduction réciproque, de non-exploitation, de non- prédestination quant à celui qui doit faire ceci (la cuisine et la vaisselle) et celle qui doit faire cela (descendre la poubelle).

En revanche, je déteste la position développée par Yacub, qui pousse plus loin que Despentes vers cette morale de la « femme forte ». Elle développe dans un article du Monde (fin de semaine dernière : j’ai perdu le N°) sa thèse connue. On est dans un moment de l’histoire ou la morale issue du consentement domine (par rapport à une morale qui serait fondée sur la vertu). Donc tout ce qui est pratiqué « entre adultes consentants », pour reprendre la formule rituelle, ne regarde en rien l’État ni ses épigones. Donc tout ce que peut faire la loi et la justice, c’est protéger et garantir la liberté des contrats. La encore, c’est faire l’économie des situations réelles : les femmes qui font commerce de leurs corps sont elles, majoritairement, dans la situation du consentement libre et entier ? Il n’y a que des intellectuelles non-commerçantes de leur corps qui peuvent se permettre d’affirmer des trucs pareils, me semble-t-il ! dans la vraie et dure réalité, les situations dégradantes qui résultent de ce « commerce » dominent.

Je n’aime pas en outre ces raisonnements qui vous collent au mur. Si tu n’es pas d’accord, tu fais partie des male chauvinists pigs. Pas de nuances, pas de positions qui tiendraient compte de la réalité concrète en plus des principes tranchants. Tout cela donne l’impression d’être trop proche d’un vécu perso, de la part de Despentes comme de Yacub. Moi je suis une femme forte, donc j’enseigne aux sÅ“urs de quoi s’en tirer, au lieu de subir. Et si les sÅ“urs ne sont pas si fortes ? (comme les mecs ne sont pas tous des guerriers ) ?

Et si la vertu, fondement de la morale ou des morales, continuait de faire son chemin silencieusement ; à titre de référence implicite mais forte ?

Et ça continue. Stouvenot dans le JDD, MAM et son sourire mécanique, « de quoi terroriser le macho le plus testostéronisé de Paris »…Et ségolène à la télé en « veste kaki, la voix pic à glace de Sharon Stone ». Puis j’ai acheté les Inrocks pour la Couv’ Starr - Despentes : aucun intérêt. Mieux vaut lire son livre.