Se séparer un dimanche soir
Par Yves Duel, dimanche 10 septembre 2006 à 17:08 :: Blues, parce que le blues devrait être un droit constitutionnel. :: #368 :: rss
J’étais au Divan ce dimanche soir, traînassant au bar en lisant vaguement le JDD, et haïssant comme d’habitude ce dimanche soir comme les autres. Et eux étaient tous deux perchés sur des tabourets de bar, à cette limite entre la salle et le trottoir, car les grandes portes fenêtres étaient restées ouvertes. Bavardage, dialogue, conversation amoureuse… j’avais juste remarqué qu’elle était fort jolie, et lui mince, grand, sans doute dégingandé (que veut dire dégingandé, déjà ?). Du bar, je voyais juste son profil à elle, et de lui son visage sérieux, discutant, répondant, fermé, à , je suppose, des questions. Puis quand j’ai relevé les yeux de mon journal il se levait. En un pas, il s’est approché d’elle, toujours assise, et elle a mis un bras autour de sa taille. Il s’est encore approché pour, je supposais, un baiser d’au revoir. Qui s’est transformé en un baiser d’adieu : "ces deux là se déchirent", disait l'artiste. Elle montait son bras vers sa nuque qui résistait. Elle l’a enlacé de l’autre bras, les deux formant un nœud à sa taille. L’un des bras montait, cherchant les lignes, les côtes, la colonne, les muscles. Puis redescendait, caressant le flanc, la taille, la chair. Je ne voyais qu’eux deux, c’était interminable. De lui même, sa tête s’est enfin penchée, abîmée, vers le visage de la jeune femme. Ils sont restés un instant, un instant interminable je suppose, lui penché et même la nuque cassée vers elle ; elle le visage monté dans une position que j’imaginais suppliante. Pourquoi faut il que ce soit la femme qu’on imagine "dans une position suppliante" ?. Et puis les bras se sont dénoués comme d’eux mêmes. Il s’est redressé et éloigne à la fois. Elle a posé un coude sur la table, penché son visage vers le verre, peut-être ne sachant plus que faire de son regard. Il a terminé par deux mots d’un ton que je devinais sec. Puis il est sorti vers la gauche, allant vers Bastille. Elle est descendue de son tabouret. Elle est restée raide un instant. Je ne voyais d’elle qu’un profil perdu, ses cheveux rassemblés par un simple élastique, un dos droit et une nuque pliée. J’ai crû percevoir comme un balancement. Elle a posé une main sur la table, peut-être pour arrêter ce tourni, puis s’est redressée, puis a fait un premier pas qui hésitait. Puis a quitté le bar, le dos droit, la nuque haute, raide, allant vers la droite, vers Voltaire. Je l’ai suivie.
(la suite au prochain épisode)
Commentaires
1. Le dimanche 10 septembre 2006 à 21:38, par gilda qui a cliqué trop vite
2. Le dimanche 10 septembre 2006 à 21:39, par gilda qui a cliqué trop vite
3. Le lundi 11 septembre 2006 à 06:03, par Yves Duel
4. Le lundi 11 septembre 2006 à 08:16, par luciole
5. Le lundi 11 septembre 2006 à 08:42, par Yves Duel
6. Le mardi 12 septembre 2006 à 21:00, par gilda
7. Le mercredi 13 septembre 2006 à 09:51, par Akynou
8. Le mercredi 13 septembre 2006 à 14:34, par Yves Duel
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