Encore, Monsieur le Milliardaire, encore des bons sentiments, s'il vous plait
Par Yves Duel, samedi 2 septembre 2006 à 17:37 :: -THE !- crétin du jour :: #361 :: rss
Tiens, coïncidence, au moment ou j'allais me remettre aux remarques désagréables (mais de bons sens) sur Bill Gates, j'ai un commentaire d'un "Roquet N°2" (le N°1 était gratiné !) sur un billet plutôt mesuré et ancien.
Mon prétexte d'aujourd'hui, c'est un papier d'un certain Philippe Manière, gentil laudateur des puissants de ce monde et de leurs mérites propres. Vous ne connaissez pas Philippe Manière ? Vous pouvez vivre sans. Mais le lire, c'est comme récupérer sa propre boussole. Si vous vous posez une question sur l'ordre du monde, lisez-le : il indique toujours le Sud.
Donc vous vous sentirez plus à l'aise pour penser Nord. Ou penser droit.
Je trainasse : c'est un Rebonds dans Libération du 25 Aout dernier. "Ne tirez pas sur les philantropes", titre cet élégant jeune homme. Sur-titre : "il est indécent de faire la fine bouche devant les dons de Gates et de Buffett aux africains".
Moi je trouve que le type qui écrit ça est indécent. Il dit réagir à un Rebonds de Libé du 17 Aout, que je me rappelle avoir lu et apprécié, car, en gros, ça reprenait les arguments de mon billet précédent : les arguments sur la démocratie.
Philippe Manière, lui, tombe de l'armoire (voyez le ton !) : "(...)incroyable (...), il s'est touvé quelqu'un (...) pour déplorer que deux milliardaires aliènent l'essentiel de leur fortune au profit des plus démunis". Joli procédé. D'après mon souvenir, le Rebonds auquel il réagit traitait surtout de la décision non-démocratique ; donc du fait que 2 gros et gras bienfaiteurs (autoproclamés) de l'humanité souffrante allaient Faire Le Bien ; mais sans avoir consulté ni les bénéficiaires, ni les institutions publiques internationales.
le reste de Manière est une litanie. "C'est bien beau de fustiger la "privatisation de la solidarité", mais de quoi parle-t-on ?" . Hé bé, gros main, on parle de ça, justement. On parle de démocratie, de décision collective, d'adhésion des intéressés à un programme qui les concerne au premier chef.
Manière qui fait des ronds de jambe depuis des années aux grands de ce monde (il a été journaliste au Point avant de diriger cet Institut Montaigne, qui fait du mécénat social avec le fric des grands patrons) s'offusque parce qu'il a perdu pieds. La "décision démocratique" : c'est quoi ce vieux truc qui marche pas ? Prosterne toi devant les milliards des milliardaires et dis merci, mon ptit gars.
Tiens, ça me rappelle les dames patronesses : "pour reconnaitre vos pauvres à la Grand messe, mesdames, tricotez tout de couleur caca d'oie" (Brel)
(Chères lectrices, ne vous y trompez pas : je ne crache pas sur les milliards de Gates ; et j'admire l'efficacité spécifique des programmes privés comparés aux programmes publics, par exemple le PNUD. Mais tous les Gates ont eu, en vieillissant, des comptes à régler avec leur propre société ; et donc sont devenus mécènes : ya pas de quoi ramper par terre comme Manière, qui doit être un habitué. Et tous les mécènes privés garderont ce défaut : ils s'achètent quelque chose de très subtil (la vie éternelle ? ) ; et donc la société démocratique doit les contraindre à respecter ses critères, pas les leurs. Même quand la société démocratique fonctionne très imparfaitement)
Commentaires
1. Le samedi 2 septembre 2006 à 21:33, par Forestine
2. Le dimanche 3 septembre 2006 à 08:06, par Yves Duel
3. Le dimanche 3 septembre 2006 à 19:31, par Forestine
4. Le lundi 4 septembre 2006 à 09:43, par Docthib
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