C’est quand même tellement rare qu’il fallait le mettre en titre. Même si les papiers en question ne sont pas des initiatives des journalistes : ce sont uniquement de l’info reçue, sélectionnée, validée, réécrite. Bref, le plus fastoche dans le journalisme.

1 - Kronenbourg a failli devenir mécène de campagnes anti-alcool au volant dans les auto-écoles. Trop drôle. Les réactions ont été nombreuses et vigoureuses : mais j’imagine l’incrédulité des papa emmenant leurs fiston passer le permis de conduire et voyant la marque Kro sur le petit film guimauve. Les papas en question ayant fait leur service militaire, et ayant des souvenirs précis du « Foyer du Soldat », endroit ou on se finit tous les soirs à la Kro, par douzaines de préférence…

Comment un chicos moderne sémillant « chargé de comm » a pu imaginer un instant gommer cette vieille image sinistre de la Kro, sÅ“ur des déprimes de fin de journée à la caserne ? Un jeune crétin inculte, débranché --ou uniquement branché poudre pour la défonce ? j’espère qu’il ya une super Sarkozienne agence de comm, qui a perdu un gros contrat grâce à cette belle bêtise !

J’ai bien ri

2 - Les déboulonneurs barbouillent les pubs, les affiches 4 X 3 : j’adore ce genre d’initiative, car elle montre qu’il suffit de se pincer le bras pour (enfin) se rendre compte de cette insidieuse invasion dans tous les signes quotidiens de ce pousse-à-jouir épuisé qu’est la pub. Les barbouilleurs du métro en ont pris un peu plein la gueule, l’hiver dernier ; dommage, mais je suis sûr qu’ils reviendront régulièrement. Les anti 4 X 4, qui les maculent et dégonflent les pneus, se sont faits plus discrets ; mais l’exaspération à la vue de ces monstres puants s’élargit au delà des militants radicaux… Ça fait du bien de sentir monter le niveau de l’exaspération : c'est à dire de la sentir devenir banale. Bientôt, ce ne seront plus seulement les vieux ronchons atrabilaires comme moi qui râleront contre la pub et les 4 X 4, mais aussi les ménagères de moins de 50 ans. Ah, quel pied de rejoindre enfin la ménagère de moins de 50 ans --aux pieds de laquelle je dépose d’ores et déjà des hommages empressés.

3 - et enfin le Schneiderman du jour qui tente de trouver un sens au bloguisme en rapprochant Puteaux et le CSA. C’est sans doute vrai que Grébert-le-lutin, de Monputeaux.org, a une certaine influence sur les réactions de la Mairie (qui le poursuit régulièrement devant les tribunaux). C’est peut être vrai que l’analyse du professeur Rolin a eu une certaine influence sur le CSA (qui avait classé Bayrou dans l’opposition, et est revenu sur cette décision). C’est certainement vrai que Rolin repris par Eolas a pris de l’importance. Et le beau Daniel a sans doute raison d’insister sur la nouveauté du phénomène : les blogueurs ont de l’influence.

Petit a - léger quand même, le Schneiderman. Il oublie 2 ou 3 trucs qui interdisent de comparer (a fortiori d’assimiler) l’influence Blog et l’influence media-tradi :

Petit b - c’est très ponctuel : les uns et les autres deviennent des alliés de circonstances, pour des combats limités. Tant mieux si Rolin (à qui Eolas s’adresse toujours dans son blog en le nommant Monsieur Le Professeur Rolin, avec cette légère exagération du respect lié aux titres : on se demande parfois si ce n’est pas du second degré !) (eolas insolent avec les puissances constituées : non, je n’arrive pas à le croire sérieusement) a une analyse percutante ; et tant mieux si elle plait à Eolas. Mais les 99% restant des positions politiques d’Eolas.. Je ne suis pas certain du tout que les 2 se retrouveraient dans un même parti politique, hors celui des anar de droite sans parti !

Je veux dire que Rolin et Eolas, tous deux très talentueux, et dans un système d’auto-admiration réciproque, suffisent à faire monter la sauce sur un bug comme la décision du CSA. Mais hors prouver à eux deux que cette décision était une belle grosse c***rie, je ne pense pas qu’ils seraient d’accord sur grand chose ! (sauf que ce sont des HHHomes d’OOOOrdre, puisqu’ils sont juristes)

(et d’ailleurs j’ai posé la question à Eolas dimanche dernier en pic-niquant : il ne connaît pas Rolin hors ses écrits, ne l’a jamais rencontré, et ils ne « se parlent » que par blogs interposés)

Petit c - c’est très cristallisation instantanée : Schneid aurait pu reprendre l’exemple de Garfieldd plutôt que le CSA (qui ont le même pour héros : le jour ou Eolas a balancé sa lettre au ministre, nous étions quelques centaines de blogueurs séchés sur place ! Quelle plume ! quel talent ! quelle vigueur ! J’ai essayé de vérifier si cette lettre avait eu une influence directe sur la décision de Duschmoll ministre de l’Educ, pas eu l’info. Mais je sais que les membres de son cabinet l’ont lue). Une partie très typée de la blogobulle s’est enflammée ; et les ministres, les politiciens en général, sont si peu habitués a avoir des réactions collectives et vives qu’ils ont tendu l’oreille aussitôt. Cette partie de la blogobulle a eu plus, me semble-t-il, d’impact avec Garff que dans l’histoire du CSA --qui se serait réglée avec ou sans Rolin et Eolas : la classe politique avait un intérêt évident à ce que le CSA s’écrase sur la question du classement de Bayrou.

Donc l’exemple de Schneid est moyen-médiocre : il se réveille après l’avant garde.

Petit d - c’est très « les nouveaux media, comme c’est marrant et moderne ! ». Il ya un aspect mode dans ce truc de Schneid. C’est vrai qu’une castagne comme celle contre le CSA aurait dû passer par des « Tribunes », « Libres Zopinions » et autres « Rebonds » dans Le Monde et/ou Libération (et même Le Figaro !) ; ceci dans le bon vieux temps des vieux media. Aujourd’hui c’est sur la Toile en direct, parce que les Tribunes des vieux média, ça gonfle tout le monde ; après avoir fait gonfler l’égo de ceux qui les écrivent. C’est compassé, c’est chiant à lire, c’est convenu, c’est toujours les mêmes : il y a deux douzaines de braves experts en n’importe quoi (tiens : ca fait des semaines que je n’ai pas lu de Tribune de Zaïki Laîdi ! il est malade ? il pense plus ? ou alors c’est son « Telos, Agence intellectuelle » qui l’occupe trop ?. Heureusement, il reste l’ineffable Alexandre Adler , le mutli récidiviste obsessionnel, aussi cultivé que ma concierge portugaise, radio, télé, quotidiens ).

Donc il y a un aspecte fraîcheur enfantine dans les Eolas - Rolin, qui plait à cette frange du peuple éduqué et moderne, qui s’informe désormais et débat sur la Toile plus volontiers qu’ailleurs. Mais la fraîcheur enfantine, ca ne va pas durer. Balancer des opinions, et analyses dans un style alerte, c’est bien. Faire du vrai journaliste, ça reste indispensable et c’est plus dur.

C’est là que je trouve le Schneid un peu léger.

Petit e - cela dit, son papier est un excellent reflet de « l’expertise citoyenne », concept à la mode mais très fécond. J’ignore si Schneid est impliqué à titre personnel dans ce type de débat, mais il a touché juste. Hors les tribunes officielles de la vieille presse ou les faiseurs d’opinions sont sévèrement sélectionnées, et sur des critères assez copinage intellectualo-politico-parisiannistes, il se développe une « rumeur de qualité » qui bouscule un peu ces positions établies. Et c’est tant mieux. Mais c’est aussi le lieu des alliances ponctuelles. Prouver aux neuneux qu’ils sont neuneux, et que c’est embêtant quand ils détiennent un pouvoir, c’est un plaisir qui devrait déboucher sur des alliances plus profondes : une position politique plus offensive. Or, ça ne débouche pas. C’est la critique qui sert de ciment, pas la construction de la réponse alternative et globale.

Petit f - ce qui m’intéresse personnellement, c’est le futur débouché politique de ce « social networking ». Et là, je sèche ; j’ai quasi rien à dire (mais comme mon train roule toujours, je ne vais pas m’arrêter pour autant). Eolas avec son talent, Rolin avec sa science, Versac avec son volontarisme très « Tintin et Milou » ; Padawan, Nitot, Glazman, mes idoles Geekiennes, la FING, (etc pour la clé de 12 et le marteau piqueur, bref, l’outillage), tous ces modernes avec leurs analyses des enjeux sociaux des TIC sont aux avant-gardes. Mais aux avant-gardes d’un club qui atteindra rapidement les limites des clubs d’experts. Comment tu fais bouger la société toute entière si tu continues à néo-nombriliser entre experts, sachants et autres néo-bourges intello-modernes ? Il y a un néo-élitisme en cours de construction dans ce domaine : Rolin et Eolas se sont « reconnus » à l‘aide de codes (ton titre, ce que tu écris, ce que tu sais) qui facilitent l’adhésion et l’estime réciproque. Grebert (cité par Schneiderman) est à part, il a acquis la stature d’un mini-Robin des bois à cours de procès gagnés et de poil à gratter.

Et les impacts de ces influenceurs sont désormais mesurables : donc limitées

Petit g - dernier truc : pourquoi avoir 500 000 acheteurs, si ton projet c’est d’en influencer 50 ? voilà la question à laquelle répondent certains blogs et tirant un bras d’honneur à Libé (vous savez ce presque défunt quotidien de vieux, fait pour des vieux et par des vieux jeunes) : parce que l’équation « je fait peur aux 50 parce qu’ils savent que je sui lu par 500 000 » : ça marche plus du tout du tout…

Petit z - Zut, j’allais vous citer Versac, qui a écrit un truc intéressant, et puis le train arrive ; donc tant pis.