Le Parisien de ce matin. Allègre démolit allègrement Ségolène. Tous les arguments ne sont pas bons. Sur les 35 h, en gros : "ça me serait insupportable qu'on m'empèche de travailler" :

1 - cette tendance irrépressible à se prendre pour la mesure des choses, y compris ce qui ne s'applique pas à toi, hé pomme

2 - en faisant l'économie de la moindre analyse. Grosse pomme, je te signale que ceux qui travailllent le plus, sans qu'on leur demande leur avis, sont les salariés mal payés des petites boites. Rien à voir avec monsieur le puissant professeur qui "travaille" 100 h par semaine parce qu'il y prend un pied global débordant sur sa vie perso.

Chiants ces cons.

(tiens, ça faisait longtemps que je n'avais pas râlé contre un journal --payant bien sûr)

MàJ

Tiens, allez, je me le remets, juste pour le plaisir, un papier qui date un peu, fait pour Le Monde Initiatives, mais toujours vrai, pour l'essentiel :

35heures et le cumul des handicaps

Salariés, n’allez surtout pas travailler dans une entreprise de moins de 20 personnes. Et si vous y êtes, fuyez vers une moyenne ou une grande. Voilà le message paradoxal du gouvernement. Parce que les employeurs des petites entreprises n’auront aucun intérêt, aucune incitation à baisser la durée du travail. Et les salariés non plus, qui n’auront même pas droit à cette équation brutale : si tu veux gagner plus, tu peux travailler plus.

Donc l’inégalité entre salariés s’accentuera ; de façon décisive cette fois ci avec le régime des 35 heures. Car les « moins de 20 » sont connues pour mêler à la fois l’ambiance familiale, la proximité entre patrons et salariés ; mais aussi souvent les pires conditions de travail. On le sait depuis de récentes enquêtes du ministère de l’Emploi : à qualifications comparables, les salaires sont en moyenne plus faibles dans les petites entreprises, avec des durées moyennes du travail plutôt plus élevées.

Mais ce sont surtout les conditions collectives de travail qui font la différence. Dans les petites entreprises, malgré la loi, il y a très peu de délégués du personnel, et encore moins de syndicats. Il n’y a pas de Comité d’entreprises avant 50 salariés, donc peu d‘avantages sociaux. Et même les mutuelles et autres avantages complémentaires ou salaires différés ne sont la que grâce aux conventions collectives étendues (donc obligatoires), qui servent de voiture-balai dans telle ou telle profession à fort taux de main d’œuvre. En matière de formation continue, on commence seulement à analyser l’intervention des OPCA, ces organismes gérant les financements. On savait déjà par des enquêtes précises que moins on est qualifié, moins on bénéficie de formation continue. Mais en découvre en plus que la redistribution des financements ne bénéficie pas vraiment aux salariés des petites et des micro entreprises.

Qui sont les « moins de 20 » sur lesquelles on s’acharne ainsi ? un monde assez obscur, car la coupure statistique passe plutôt entre les moins et les plus de 10 salariés. Et un monde très hétéroclite. André Letowski, le spécialiste de l’APCE, en donne une image colorée. Ces patrons de petites entreprises, « ce sont les agriculteurs, du petit agriculteur, voire de l’agriculteur à temps partiel, à l’agriculteur « industriel », du vigneron à l’éleveur, au maraîcher, de la culture extensive à la polyactivité. Ce sont des artisans là encore aux formes multiples : de l’industriel en SA au métier d’art, en passant par le maçon, le boulanger, le travail à façon, … Ce sont des commerçants, du marchand forain au patron de petit supermarché, de la boutique traditionnelle en perte de vitesse au commerce très spécialisé. Ce sont des professions libérales, pour certaines gérées par des ordres alors que d’autres sont en émergence tels certains types de conseil. Ce sont enfin des activités nouvelles peu développées ou partiellement reliées au secteur marchand (la voyance, le toilettage de chiens, des thérapeutes en médecine douce, …) »

Ces micro entreprises et TPE jouent un rôle essentiel sur le marché de l’emploi. Les « moins de 20 » représentent 97% des 2 400 000 entreprises en France ; elles emploient 37% des 15,5 millions de personnes occupées dans l’ensemble « Industrie-commerce-services » et réalisent environ 28% de la valeur ajoutée. Elles incluent les 1,2 million d’indépendants à qui l’Etat ne reproche pas de travailler 60 heures par semaine . Oui, la durée de travail des indépendants est connue aussi, et elle est très supérieure à celle des salariés. Les « micro », ce sont elles qui intègrent le mieux les jeunes pour leurs premiers emplois, y compris l’essentiel des 350 000 apprentis chaque année. Ce sont elles qui servent d’amortisseur à toutes les crises conjoncturelles, puisque ce sont elles qui débauchent le plus (pas de lourdes formalités de licenciement collectif dans les moins de 20), mais aussi qui embauchent le plus quand l’embellie apparaît. Parmi les activités qui augmentent le plus actuellement, près de la moitié des entreprises de « services aux entreprises » est âgée de moins de moins de 5 ans ! Ce sont les consultants, formateurs, et autres services périphériques. Mais ce sont aussi les nouveaux prolétaires enchaînés. C’est la que l’on trouve ces entreprises de micro-logistique : par exemple celles qui font la mise en place dans les rayons des grandes surfaces, faisant travailler des femmes souvent, avant l’aube, avec des séquences courtes et contraintes et le Smic pour toute perspective. Et dans les établissements de moins de 10 salariés, la part des salaires à temps complet est de 58% seulement.

La loi sur les 35 heures va accentuer les divergences. Aux moinsd e 10 et aux moins de 20 salariés la pression de la concurrence à la baisse. Aux moyennes et grandes entreprises la préservation des conditions collectives de travail, avec un rapport de force syndical qui les favorisent. Ce n’était pas le but recherché.