Ca dure depuis des décennies : je ne supporte pas le dimanche soir. Et je sais que je ne suis pas le seul. Comment vous faites, vous ? Ce n’est pas vraiment de la haine (« je hais le dimanche » : je me la rappelle encore, sur scène, avec ses sourcils froncés et tout le visage déformé par cette haine !), non, c’est à la fois plus subtil et plus profond. Un mélange de blues et d’angoisse. Un truc avec le temps qui passe, et, merde, demain matin, je devais avoir fini ce truc. Quelque chose avec j’avais une longue, merveilleusement longue plage du Week-End, et voilà que je n’en ai rien fait. Un truc aussi avec le soir qui tombe. Un souvenir de dimanches soirs en pension (oui, je rentrais le dimanche soir, car le train du lundi matin arrivait trop tard) et ce cÅ“ur serré, mes copines, ma maman.

Non, je n’arrive pas à guérir ça. Je le soigne tout juste. Maintenant, ces dernières années, en sortant avant le vrai soir du dimanche, entre chien et loup, l’heure la pire, je vaguement vais vers La ManÅ“uvre, la librairie qui a changé de nom mais qui reste ouverte le dimanche, puis divague vers Le Divan ; le bar qui, lui, n’a jamais hésité devant le blues. Et parfois ça va un tout petit peu mieux après.

Ce présent dimanche soir, c’était beaucoup mieux. Carrément primesautier, je vous le dis en m’attabloug devant ce hips glob. J’ai trouvé à La ManÅ“uvre l’Anti-livre noir de la psycha : l’avez vous vu chroniqué quelque part, vous que je vous cause ? Moi, nada. Alors que je lis des journaux. Pas une ligne, pas un articulet. Et en sortant de La ManÅ“uvre, je me suis allé le feuilleter au Divan (au bar), que j’adore parce que les gens y sont plutôt converse paisible, et le bar est en cuivre. Et, vous me croirez pas, quand j’y suis entré, c’était « my baby dont cry », qui passait, ce Nina Simone dans lequel on retrouve, juré, du Bach (oui Jean Seb) pure laine, avec un peu de swing en plus. Ah, le sourire aux lèvres bien, sûr, et du coup cette ravissante peut être asiate serveuse, que je regarde un instant parfois, charmé, mais horrifié d’intimidation à la seule idée qu’elle s’en aperçoive ; puis du Salif Keita après Nina.