Ultime dégradation d’un genre « dernière page », le portrait crétin
Par Yves Duel, samedi 11 mars 2006 à 15:03 :: -THE !- crétin du jour :: #250 :: rss
Libé ce matin. Machinalement, je tourne. Dernière page : portrait. Ils sont souvent brillants : Libé a crée le genre « portrait dernière page ». Luc Le Vaillant : connaissez vous cette signature ? Brillantissime. Le genre « portrait » est un genre en soi. Une écriture très serrée, très allusive. Peu importe, à la limite, la victime. Faire ressentir ; tout ce tuc. Faire court et très long. Insistant et secret. Faire image aussi, mais avec des abîmes de profondeur. Ah, le portrait ! …
Revenons au portrait de Libé 11-12 mars. Ya un renvoi en bas de page : « (1) Clearstream, institution luxembourgeoise, sorte de méga banque des banques ». Peut on faire plus stupide en si peu de mots ? Peut on prendre à ce point ses lecteurs pour des idiots : allez, je vais pas vous expliquer, vous comprendriez pas. C’est une sorte de gros truc qui fait peur, ou alors qui inspire le respect. Mais obscur, le gros truc.
Bien sûr, c’est une façon élémentaire de cacher sa propre ignorance en pariant sur celle de ses lecteurs, mais les papiers, ils sont relus non ? Je veux dire : au dessus de ce Grégoire Biseau qui signe ce portrait, il y a un chef de service ? il y a un rédac chef ? il y a des spécialistes de ceci ou cela, non ? Libération, c’est un grand journal avec des grands pros, rassurez moi ?
Personne n’a dit à ce Bizeau, même si c’est un débutant, qu’une « sorte de méga banque des banques », ça n’existe pas et c’est une expression complètement conne ? Qu’écrire ça, c’est prendre le parti du journalisme d’a-peu-près ? Du bâclé que l’on reproche de plus en plus, outre sa mollesse, à son journal ?
Du coup, j’ai lu le portrait. Sans aucun, mais vraiment aucun intérêt, sauf la page de pub assez paradoxale pour un énarque qui s’est pris un pain dans les dents ; manifestement sans rien comprendre à ce qui lui arrivait. Pas de prétexte d’actu. Pas de saga héroïque (il à fait plusieurs 8000, bon, d’accord, mais on va pas portraiturer tous les énarques montagnards, si ?). Pas de bonne leçon à en tirer. Pas de ce bovarysme typique des portraits en abyme. Rien, juste rien.
Évidemment, je suis tombé sur l’appel de note (qui renvoyait vers la « sorte de méga banque »). Ce Delmas s’est fait choper dans un montage, on le soupçonnait d’avoir un compte chez Clearstream (« sorte de méga banque »), en compagnie de Sarko et d’autres. On ne saura le fin mot de l’histoire que dans plusieurs années, mais traiter avec autant de légèreté un bon gros complot, c’est sidérant !
Outre le fait que l’affaire Clearstream est un truc que les journaleux de Libération devraient garder en mémoire, comme l’une des affaires ou l’un des leurs avait besoin de soutien, et ou le journal a été particulièrement minable.
Bref, j’hésite entre l’exaspération et la désolation.
(J’insiste, vous aurez remarqué : je n’ai pas écrit « le portrait du crétin » -je m’en fous de ce Philippe Delmas- j’ai juste écrit « le portrait crétin ». Comme « la tarte aux pommes sans les pommes ». Ou bien « le paysage sans paysage ». Ou bien encore « je n’applique que les règles » et ya rien en dedans. Ou bien --bref, un ratage)
Commentaires
1. Le dimanche 12 mars 2006 à 15:24, par oxygène
2. Le dimanche 12 mars 2006 à 21:29, par Yves Duel
3. Le mardi 14 mars 2006 à 01:23, par Oxygènde
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