Muray né en 1945 et, grand fumeur, est mort d’un cancer du poumon début mars. Une façon pour lui de confirmer l’absurdité et le drame ? je n’arrive pas à comprendre la séduction qu’il exerçait sur de beaux esprits, y compris ma thésarde préférée : raison pour laquelle j’ai lu attentivement son dernier bouquin « Festivus Festivus », un livre de dialogues avec Élisabeth Lévy. C’est d’ailleurs le seul que j’ai lu vraiment.

Même avec l’inévitable mise en perspective de sa mort, je n’arrive pas à comprendre. Pour moi, c’est un recueil de lieux communs de la réaction et même du conservatisme bébête. Contre Delanoé, contre Paris-plage, contre la limitation de la bagnole à Paris, contre les rollers, contre les bobos, contre le théâtre de rue, contre les américains en Irak, pour la réalité du suaire de Turin, contre la mondialisation, pour la corrida, contre la fête de la musique, etc etc.

C’est rigolo à quel point Festivus est composé comme une succession de conversations au troquet du coin : Lévy lui sert la soupe sur tous les thèmes du jour, dans le genre : « ah, mon pauv monsieur, tous nuls, tous consternants »… Elle qui se fait une réputation pas trop fatigante de liberté de ton, de goût pour la polémique et de redresseuse de torts !

« ce devant quoi notre société se prosterne nous dit ce qu’elle est » : sa formule citée par Le Monde dans sa nécro d’aujourd’hui (LM daté du 5 et 6 mars) est jolie et peut constituer l’axe d’une Å“uvre de polémiste : hélas, il en est loin --ou alors la polémique a perdu ses dents ! Si l’on appelle prosternation le goût de la futilité et de quelques autres menues choses festives, il n’y a pas de quoi faire des centaines de pages : or il en a fait de milliers, toujours sur les mêmes thèmes. Et ceci reste vrai même dans sa position de satiriste, c'est à dire qui n’a pas à proposer quoi que ce soit en échange ; qui se contente de tendre le miroir et de ricaner. La réponse à Muray, je suppose que c’est « so what ? ». Et après ? Après ? rien. Et on continue à vivre. Ce qui est la preuve radicale de cette futilité : elle ne débouche sur rien.

Il était copain avec Houellebec et Dantec, mais il lui manquait la magie du styel du premier, et l'ampleur des visions du second.

Et puis bof pour tout son coté jeux de mots faciles, à-peu-près, pirouettes, y compris la mauvais goût de la comparaison. Festivus, page 197 :

« je crois me souvenir qu’il existe un film de propagande qui s’intitule « Hitler offre une ville aux juifs ». Les media aux ordres, dès le lendemain de l’inauguration du concept Paris Plage, ont battu des mains et sauté en l’air, et leurs discours auraient pu très bien se condenser en cette bonne nouvelle : Delanoé offre une plage aux touristes… »

Et il les envoie ensuite au four crématoire ? Quel con !

(il fait évidemment allusion à l’histoire atroce de Theresienstadt, vitrine et village Potemkine du nazisme, ou de nombreux juifs ont été parqués dans une apparence de calme, validé par la Croix rouge, avant d’être expédiés comme les autres dans les camps d’extermination. Quelle belle allusion ! On peut être polémiste et faire quand même attention aux comparaisons, me semble-t-il)

Mathésarde chérie, t'as intéret à t'expliquer !

MàJ : Tiens très drôle ! 10 mn après avoir fini ce billet je découvre la nécro de Ph Bilger sur son blog. L'exact contraire de mon papier ci dessus. Ca me rassure.