Brisseau. Si vous avez suivi le feuilleton, c'est le premier des vieux gros dégueulasses. Et Skoreki demande qu'on lui foute la paix dans Libération. Le même Skoreki, vieux gros dégueu, qui a publié un bouquin sulfureux (je l'ai pas lu) qui parlait un peu trop de petits enfants, m'a-t-on dit. Le même qui a un talent d'enfer, et qui fait une chronique films à tomber par terre (encore que le procédé devient un peu fatiguant, à la longue...)

Bon, je reprends tranquillement. Brisseau est un cinéaste-poëte-maudit. Il a tout bon : films "sulfureux", ancien instit, pas un rond, adulé par un minuscule cercle d'amateurs haut-de-gamme, la soixantaine, une gueule d'enfer, etc

Là, il passe en procès après plainte de deux jeunes comédiennes parce qu'il avait fait beaucoup, semble-t-il d' "essais" avec elles et d'autres. Comme il s'agissait d'un film représentant (enfin ! ça n'a jamais été fait, dit-il !) la réalisation du désir féminin, les "essais" étaient faits de ça. De représentations du désir féminin. C'est ce que j'ai compris des papiers parus ici et là. Je vous passe les détails, mais, à la fois, je trouve qu'il s'explique très bien, très "naïvement", d'une certaine manière. Et en même temps, je suis très très mal à l'aise en me représentant ce bonhomme seul avec une jeune femme et une caméra vidéo dans une chambre ; la jeune femme étant là pour "représenter" le désir, l'orgasme féminin ; et pas seulement le répresenter, mais l'éprouver, sinon, explique Brisseau, ça ne marche pas. Il ne se passe rien. Artistiquement parlant.

Le point qui me gène, fondamentalement, porte sur les rapporst de pouvoir. Si tu le fais, tu auras le rôle. Si tu refuses de le faire, tu l'auras pas. C'est aussi simple que ça. Et comme il a joué plusieurs fois, avec plusieurs jeunes comédiennes, ce jeu là, les éconduites ont fini par se dire qu'il y avait un abus. Et ont porté plainte. Et c'est UNE juge d'instruction qui a instruit. Et qui a décidé qu'il y avait matière à poursuivre.

Voilà. Liberté de l'artiste et tout le saint bazar, ok, cool, on se la joue, tout va bien, Brisseau est sacrifié à notre époque culs-bénis, chochotte hypocrisie, et politiquement Korrecte. Ouais. Bof. Pas sûr (d'railleurs il n'est pas encore condamné)

Mais là ou je sursaute, c'est en lisant Skoreki ce matin. Pas sa colonne habituelle, un papier vers la fin du journal. Il fait un parallèle entre Brisseau et ses jeunes comédiennes, et la façon dont Hitchcock, ce grand malade, traita Tippi Hedren. Hitch a été pire que Brisseau ; c'est connu aujourd'hui, et il ne s'est rien passé. Le black out a été préservé sa vie durant sur le fait que Hitch était un pervers, un gros salopard qui a soigneusement ruiné la vie de Hedren, et a sadisé copieusement les belles blondes qu'il faisait jouer. Et Skoreki, pervers à son tour, nous demande ingénuement : comme on a foutu la paix à Hitch, pourquoi on emmerde Brisseau ?

Mais gros crétin parce que les rapports de pouvoir ont changé. Parce que je pense que les jeunes comédiennes ne sont plus décidées à tout subir, les pires humiliations, même à pretextes artistiques, pour jouer. Parceque l'humiliation n'est pas absolument nécessaire à l'oeuvre d'art. Parce que les vieux cochons peuvent aller se faire rincer sans chercher des habillages à la con. Parce que les manip déloyales méritent d'être qualifiées comme telles. Parce que le poête maudit, il peut aller se l'astiquer dans son coin sans pour autant abuser de son pouvoir sur des jeunes gens qui sont dans sa dépendance. Parce que s'il le fait, et s'il abuse, il faudrait quand même qu'il se réveille à un moment. Qu'il se rende compte de ce qu'il fait.

Voilà. J'adore l'idée de me faire traiter de père-la-pudeur. Justement, j'en suis plein, de pudeur, par exemple à l'égard de ma dernière fille, Madeleine, 7 ans, que j'adore, et que j'aimerais plus tard capable de choisir, d'abord et avant tout. ET surtout pas de rester tel le petit lapin fasciné par les yeux du serpent.